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Nuit agitée, sommeil entrecoupé, mais quand même à 8h je lis le journal en déjeunant. À 9h, je lance des courriels et je me prépare. À 10h, je serre des mains, j'incline la tête pour saluer quelqu'un. À 11h, je serre d'autres mains en prenant un café avec quelqu'un d'autre. L'une me disait: "Appelles-moi!", l'autre: "Envoies-moi un message!" et l'autre: "Il faut que nous prenons un café ensemble!" Voilà, c'est reparti!
Si je m'en tiens à la version officielle, c'est ça. Mais en version intime, je dirai d'abord qu'il fait si chaud, si humide et si gris ce matin que c'est le temps idéal pour des funérailles. Et que je me suis présentée par erreur à la chapelle du cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, alors que celles que je dois assister se tiennent à l'église Notre-Dame-des-Neiges, sur la Côte-des-Neiges. Et que je n'ai pas reçu l'hostie de la communion, vous comprenez bien, mais que j'ai quand même communié avec les chants cantiques et l'oraison et les prières. Et que j'ai la tête grave en sortant et que le ciel a enfin pleuré à grosses gouttes, et qu'il fait toujours gris maintenant et collant et ... grave!
Incidemment hier, mon mari disait très sérieusement qu’un jour, s’il devient trop malade et inutile, il irait mourir seul sur la montagne ou en forêt quelque part, comme un viel Amérindien ou un vieux Japonais des temps révolus … Alors que ce matin, en m’égarant un peu au cimetière, j’étais sous le charme de la sérénité des lieux, pour ensuite, dans l’église, me prendre d’affection pour ce cercueil en noyer d’un si beau grain ! Je ne sais pas ce que ce temps assombri me fait, mais tout de suite là, en ce moment même, j’apprécie cette idée de la mort douce, d’une mort en catimini. Qu’importe ce que l’on a fait de grand de sa vie durant, ce n’est que dans le cœur des hommes d’un temps donné. Alors que dans le royaume des dieux, notre place y est réservée jusqu’au jour où l’on la mérite! Peut-être cette idée de mérite heurte certains d'entre vous, mais dans le monde bouddhiste aussi, nous ne devenons pas tous bouddhas à notre mort, mais reviennent inlassablement jusqu'au jour lointain où l'on atteigne le nirvana ... Alors donc, naître et mourir plusieurs fois, pourquoi en faire un cas d'une mort ou d'une naissance. Attention, je ne dis pas de ne pas en faire un cas du tout, mais ne pas en faire un cas outre mesure. Sobrement, dans l'ordre des choses, simplement ...
Pour ce qui est de la version familiale, même si hier soir mon fils rapatrié est sincèrement content de nous voir, déjà ce matin, il nous trouve (les parents et le jumeau) trop proches trop collants. Et moi, je trouve que mon gros bol de riz frit tout prêt dans le frigo disparaît trop vite et que, de nouveau, je pense: "Il faut que j'aille à l'épicerie! Pourrai-je tenir jusqu'à demain ...?" Mais aussi: "Qu'est-ce qu'on mange ce soir?" Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, disait Candide.
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