28 décembre 2002
Un recul sur le quotidien

Hier, dans mon nid, je regarde vers les mois à venir et je n'ai pas eu peur. D'habitude, entre Noël et le jour de l'an, j'ai toujours cette angoisse au creux du ventre, cette frénésie, ce trac. Peut-être parce que nous sommes travailleurs indépendants tous les deux et que les années sont pareilles mais ne se ressemblent pas. Il y a toujours une poussée qu'il faut donner quelque part, pour que la roue tourne. Nous sommes à la fois l'organisation, la force vive comme le plus faible des maillons du système. Je crois qu'en ce moment, j'ai la tête et le coeur ensemble à la bonne place.

Aujourd'hui, nous faisons le transport d'un fils et des copines pour leur journée de ski à Bromont, je ne sais plus vraiment combien sont-ils, toute la bande, au rendez-vous. Mais en route, les filles jacassent, mais jacassent sans arrêt. Fifils place quelques mots sans plus, alors que ses parents se font discrets en parlant à peine. Étrange sensation que de jongler avec l'idée que dans quelques années, il y aura trois jacasseuses comme ça que nous aurons à aimer comme nos filles!

Huit heures de temps libre à les attendre, nous n'allons pas quand même rentrer à Montréal, à une heure de distance, pour revenir à la fin du jour. Alors nous avons exploré l'Estrie, tâté au vieux rêve de mon mari de s'installer en flan de montagne, au milieu de ses arpents de neige. Mais voilà, alors qu'il y a une douzaine d'années, nous nous pâmions devant chaque jolie maison, chaque tournant de route où apparaissaient un vallon, un bout de clôture et une grange, aujourd'hui, j'ai apprécié la promenade, remarqué quelques belles maisons, sans plus. Mais nous jonglons toujours avec l'idée d'acheter un terrain un jour pour faire construire une maison à notre mesure. La maison de nos vieux jours peut-être, sans marche d'escalier, facile d'entretien, etc.

À North Hatley, les routes bordées de bouleaux sont belles, reliant un vallon à un autre, ou une ferme à une autre. Autour du lac Massawipi, les demeures cossues succèdent à celles barricadées pour l'hiver, le tout baigne dans ce vieux charme anglais des campagnes. À Magog, je retrouve le vieux pont séparant d'une part, la rue marchande et ses fastes, et le triste quartier industriel avec l'énorme usine de fillage de coton et ses petites maisons ouvrières. À Orford, mes enfants allaient en ski pour leurs premières leçons, il n'y a pas si longtemps. À Bromont, sur la rue Shefford, il y a cette grange au détour d'une route que j'avais rêvé de transformer ... Aujourd'hui, la grange est pimpante, remontée par quelqu'un d'autre qui avait sûrement le même rêve que le mien. Les abords sont restés pareils, comme immuables. Mais nous n'avons plus les mêmes élans du coeur.

Nous sommes revenus maintenant. Il fait chaud au perchoir. Chez soi, un sandwich suffit! Pas de fioriture, pas de cérémonie! Au coin de ma table, je me trouve mieux que partout ailleurs attablée plusieurs fois au cours de cette journée. Chez moi, c'est le quotidien qui me réchauffe, ailleurs, ce ne sont que des fragments de rêves.

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