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Si ce n'est pas de ce journal, ma mémoire sera déficiente et incomplète. Dépôt de mes jours, recueil des faits, cocktail de saveurs et fruit de mes impressions, ce journal est à la fois vide-poche et mémoire ...
Aujourd'hui, réception où je préside et accueille. Petit discours, grande fierté, buffet traditionnel, retrouvailles des anciens, baptême des nouveaux. J'ai gardé le sourire longtemps après ... Puis nous allions chercher notre fille dans cet aérocentre privé. Elle est toute petite sous son grand ballot, dans ses lourdes bottes, les yeux cernés. Retour au bercail du cygne, après des mois de boulot d'homme.
Chez moi au perchoir, ses frères se précipitent. De grands bras d'adolescents engloutissent leur petit bout de soeur. Il se fait tard, mais quand même, ils mangent tous leur collation tardive ou leur gourmandise préférée autour de la table. Avant de s'asseoir, la fille saute sur elle-même en quelques bonds successifs, pour exulter sa joie du retour. Son frère court vite chercher le travail de méthodologie dont il en est fier pour le lancer sur la table, dans un geste de satisfaction. Les autres défilent leurs notes et leurs résultats, comme on dépose tribut et rançon au pied de la suzeraine. Je tourne autour des enfants, autour de la table, fixant sur pellicule, comme dans ma mémoire, le spectacle de leur jeunesse et de leur énergie vive. Les trois fils, le gendre, la fille. Mon mari vient s'asseoir lui aussi. Tout mon beau monde, dans une seule pièce, alors qu'il fait noir dehors, et froid, et vaste. Ma seule certitude est là, dans une seule pièce, comme un radeau sur un océan de changements ...
Je frissonne, je chancelle: la nuit dernière fut courte, la journée chargée d'émotions. Les fils doivent retourner à leur concentration: des examens demain. Nous amenons notre fille voir son nouvel appartement. J'ai eu la présence d'esprit de mesurer les fenêtres pour des rideaux, puis nous ramenons le jeune couple au sous-sol de ma soeur où ils seront nichés jusqu'à l'aménagement. Sur le chemin du retour, mon mari qui parle peu, a tout dit: "Elle est là! nous pouvons penser aux fêtes maintenant!"
Il est maintenant 4h du matin, de nouveau dans un autre jour. La nuit est courte de nouveau. Le plus jeune vient de se lever dans le noir, vomir le shistaouk, la tarte au sucre à la crème et le jus ... là dans le couloir. Les murs sont éclaboussés, l'odeur immonde. Papa vient de tout ramasser, maman se retranche dans la chambre, sans pouvoir fuir. J'ai l'estomac qui chavire, je suis incapable d'aider.
Journal vide-poche, journal mémoire: réception brillante, émotion intense, joie bousculante et cascade chavirante. Voilà ce que je vais me souvenir de cette journée. Tu en est témoin, cher journal!
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