14 décembre 2002
L'instant présent

Comme mon perchoir est situé près du Mont-Royal, à 11h ce matin quand je suis sortie, un voile de brume traînait encore sur les arbres dénudés. L'air est doux, j'ai l'esprit tout à fait apaisé pour aller vers mon refuge du Nord. Nous partons comme en catimini, personne ne sait.

Sur la route fluide nous filons. En nous arrêtant au marché à St-Sauveur, j'ai l'impression de retrouver une routine familière mais oubliée depuis quelque temps. Dans mon coin, rien ne bouge, immuable. Déjà une montagne de neige, repoussée par le déneigeur, au fond de ma cour. Tapis blanc sur le pas de ma porte. À l'intérieur, je retrouve la table encombrée, telle que laissée la dernière fois, alors que j'écrivais jusqu'à la dernière minute avant de partir précipitamment. La tasse de thé à moitié pleine, le pot de noix encore ouvert, la bouteille d'eau, l'ordinateur encore branché. La jetée abandonnée sur le bras du sofa, ma veste sur le dossier de la chaise. Les ficus avec leur tapis de feuilles mortes. Avec le temps doux l'air n'est pas si froid. Quand même, mon premier geste est d'allumer un bon feu de foyer, du côté de la salle à manger.

Il n'est que 2h de l'après-midi, mais nous avons préparé et mangé un vrai repas en tête-à-tête. Je prend de petites gorgées dans son verre de vin. Il m'offre sa dernière bouchée de filet mignon. La fournaise ronronne, le feu de foyer crépite. Puis nous prenons le thé chaud. Il lit le journal, assis au bout de la table. À cause de sa grande stature et de ma petite taille, debout à côté de lui, je suis à la bonne hauteur pour enfouir mon visage dans sa nuque, tout en l'enlaçant par les épaules. J'écoute le silence.

Il fait couler le bain, alors que j'arrose les plantes. Il s'en va réchauffer le lit de son grand corps puissant. Je passe au boudoir, allumer un bâton d'encens, faire une petite prière, poser la cigale en terre cuite sur le bord de la fenêtre, admirer la blancheur des environs. De la salle de bain à la chambre, nue, je frissonne. Au lit, je ne cesse de m'émerveiller devant le silence, le luxe de ce silence au milieu de l'après-midi. Je ne suis pas restée distraite bien longtemps ...

Après la passion, l'apaisement de la sieste. Je ne sais plus où je suis, sauf que mon nez est tout froid dans le soir qui descend. Le feu doit être consumé en bas. Le téléphone est si silencieux qu'il n'existe plus. Au lever, je m'habille dans la pénombre. Avant de descendre, j'admire encore la blancheur des environs, cette fois-ci avec les lumières scintillantes que ma voisine d'en arrière a fait courir sur la clôture. Au loin, les sapins illuminés de mille feux décorent quelques devantures de maisons.

En bas, je finis de ramasser. Nous partons vers la ville. Les fils attendent pour souper. En voiture, une musique d'ambiance, non, pas de chansons de Noël qui s'imposent. Je ne pense rien, je suis juste là, au chaud dans l'ambiance de cet habitacle. L'instant présent s'égrène ...

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