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Prise entre un forum et un chat, pressée par les uns et les autres à se joindre à un autre chat avec plusieurs, j'ai une de ces têtes! En bouillie, en compote! Pas de temps de réaction, encore moins de réflexion, pourtant, je suis assez vive et impulsive ... Je viens de dire: "Time out!" aux copains, il faut que j'aille prendre un peu d'air ...
Alors que je viens de manquer un bel après-midi ensoleillé, je sors prendre l'air à la soirée tombante. Le croissant de lune est clair. L'air cristallin me surprend. Il fait -12 degrés. Alors que je disais à mon mari que je voudrais aller marcher un peu, mais là je ne veux plus. Je rentre dans la voiture froide comme une tombe, mon mari gratte les pare-brises. Le grincement strident sur la vitre me ramène désagréablement, mais efficacement à la réalité. Je sors doucement du monde virtuel. Les gestes et les choses à faire dans la semaine qui vient s'imposent à mon esprit. Il y a les communautés virtuelles, mais aussi les réelles, et les gens partout. Le relationnel est de plus en plus complexe, les relations séquentielles.
Le retour à la réalité me ramène aux choses essentielles et une petite épicerie s'impose. Au marché Métro qui est ouvert tous les jours jusqu'à minuit pour une population très urbaine, aux vies multiples et sectionnelles, plusieurs queues aux caisses. Alors que le marché est obligé par la loi à quatre employés en tout, pour les heures d'ouverture non conventionnelles, les clients sont nombreux, chacun avec quelques articles dans les mains. La clientèle du dimanche soir n'est pas celle des familles aux chariots bien pleins, mais des étudiants, des célibataires, ou de plus en plus, des européens qui sont habitués aux emplettes quotidiennes.
Ne voulant pas revenir trop vite, nous allâmes au restaurant chinois que nous délaissons depuis un certain temps. Sur place, derrière la vitrine embuée, une ambiance familiale et des tablées pleines. Le brouhaha ambiant me réconforte mais en attendant nos assiettes, mes yeux sont encore perdus dans mes pensées du virtuel. Ça fait toute une tête zombique, ces chats et ces forums!
De retour vers le perchoir, mes pas sont lourds dans l'escalier, mon manteau trop long traîne dans les marches. Mon bérêt, mon col boutonné haut, mes gants, tout me déguise bien moins que l'effet que cela fait sur moi, ces gens d'ailleurs et leurs mots, et leurs humeurs, qui viennent me changer la tête, avec mon consentement, directement chez moi qui n'est plus du tout un lieu de quiétude. Tout au plus un radeau, un toit contre le froid, mais pas contre le virtuel. Quelle tête!
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