29 novembre 2002
Les boys

Les boys nous mobilisent tellement! Je ne me souviens pas d'avoir tant fait quand leur soeur avait leur âge! Peut-être étions-nous inconscients de ses travaux scolaires, peut-être s'est-elle toujours débrouillée sans nous? Ou bien peut-être étions-nous trop occupés avec le marasme économique pour s'en soucier vraiment ... Mais les boys! Nous sommes tour à tour fiers d'avoir l'occasion de leur transmettre quelques expériences pratiques, d'apporter le petit coup de pouce utile, et frustrés de ne pouvoir rien faire, quand ils bûchent sur un interminable travail, une situation non résolue, des solutions temporaires. Il me semble que j'aurai voulu qu'on s'asseoit tous ensemble, rien que pour échanger librement, en rigolant. Il me semble qu'ils doivent en faire beaucoup: études, examens, recherches, projets, parascolaires, scolaires, décisions, choix. En plus de se tenir droit, d'arriver à l'heure, donner la réponse juste au moment opportun, s'éloigner de la queue du peloton, se distinguer de la moyenne ordinaire, être ... ÊTRE! Être ce qu'ils ne sont pas encore, ou si confusément.

Ce matin, je n'ai pas demandé de miracle, juste un sourire! Celui qui s'est levé tôt pour l'entrevue que nous avons réussi à lui obtenir au-près d'un v.p. d'entreprise, part confiant, mais absorbé dans les démarches, le test à venir, etc. Le sourire n'y est pas, il est trop occupé et préoccupé! L'autre qui n'a pas réussi à terminer un travail alors que l'échéance reportée est rendue, ne sourit pas, ne s'éclaircit pas quand je l'ai prise dans mes bras affectueusement, sans rien parler de son travail, ni de son test à venir. J'aurai voulu lui dire que je m'en fous de son travail, d'une mauvaise note, d'une retenue possible. Que je m'en fous de sa moyenne générale, de son choix de cours, parlons-en même pas de son choix de carrière (maudit carcan!). Je veux ce sourire maintenant, sur ces lèvres, dans ce coeur que je sens alourdi. Pour moi, il EST déjà, il est déjà complet! Sculpter dans cette belle matière, ce noble essence, ne veut pas dire taillader, couper, teindre et déteindre cette sève de passion, d'idéaux et d'esprit libre.

L'autre le troisième m'a repoussée. Il a le réveil grognon, il n'a pas faim le matin. Aujourd'hui, il a concédé pour manger un bagel. Avaler ses vitamines l'impatiente. Il est presque sorti lorsque j'ai remarqué qu'il n'a pas un chandail avec col, comme l'école l'exige. Il se rechange en un tournemain et part enfin, libre d'une mère collante. J'aimerai bien que ses frères retrouvent leur sourire avant qu'il ne perde le sien.

Hier soir, j'observais les boys des autres! Sur l'estrade, une trentaine se font honorer. De belles têtes, des sourires figés. Des leaders de demain qu'on appelle! Des notes quasi-parfaites. Des parcours lisses et sans faille. Enfin, en apparence. J'admire du beau bois de si belle essence, je pense aux artisans leurs parents. Je pense à mes fils ... Ils ne sont pas sur cet estrade.

Hier soir, j'observais les boys des autres! Au party de Noël, ils sont là, souriants. D'apparence, ils sont en un seul morceau bien vivant: cravate, téléavertisseur et cellulaire à la taille! Des têtes de conquérants, frais rasés, le verre facile, le verbe aussi. Sur la piste de danse, l'un embrasse goulûment sur la bouche ... une collègue de travail qui veut bien. Les autres promènent leurs mains et leur souffle pressant: tout est si tentant! Celui-là que je connais ne me salue que d'un sourire, trop occupé à serrer un corps de liane. L'autre, et l'autre, et l'autre encore, me semblent entiers. Le sont-ils? Dans le faste d'un soir, les uns brillent plus, les autres moins. J'ai eu une pensée pour ceux qui n'y sont pas. Ceux qui forment la majorité absente. Je pense à mes fils ... Je ne les vois pas dans cette salle.

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