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Au Salon du livre, tout ce que je chausse, bottes une année, souliers une autre, ou bottines aujourd'hui, pèse toujours trop lourd. D'autant plus que plus rien ne me surprend, comme je demeure tout près de grandes librairies que je fréquente assidûment. Un vague haut-le-coeur m'envahit même, à voir les prix et les étalages, et les auteurs qui ont l'air des poissons morts ou ennuyés derrière leur petite table de signature. Un seul livre m'a tentée, "Passages" d'Émile Ollivier, décédé la semaine dernière, un livre pour rendre hommage, sans plus.
Dans les combles, j'ai le tournis, 12 étages de garage plus bas (c'est marqué P6, mais chaque niveau en fait deux plutôt qu'un), je me suis trouvé une place qui va me coûter le prix d'un livre de poche!
Assise au coin d'en banc, en attendant mon fils, passe un bébé en poussette, habillé d'un pyjama vert. Sans raison apparente, je pense à ma fille bébé, souvent vêtue de pyjamas roses. Toutes les tantes et grand-mères par extension - amies de ma mère - n'achetaient que du rose. Quand à ma belle-mère, elle s'offusquait même une fois quand j'ai mis à la poupée pour tous, une petite combinaison courte et rose, sauf que la culotte n'était pas bouffante, et le haut sans col claudine!
Voisine de mon banc, se trouve une pile de manteaux. À tout de rôle, papa ou maman monte la garde. Ils ne parlent pas français mais communiquent constamment par téléphone mobile avec leur interlocuteur lointain en cantonais. De temps en temps, une petite jeune fille revient au rapport, ou un garçon joufflu passe en coup de vent, ou encore, la petite dernière qui gambade partout, s'arrête pour quêter une autre friandise. Je vous parie que les enfants sont trilingues.
Au comptoir alimentaire, il n'y a que des pâtisseries. Deux bouteilles d'eau et deux sucreries plus tard, au prix d'un autre livre de poche, je pensais aux fruits, à une pomme par exemple, que l'on aurait pu offrir en collation. Mais je doute que quelqu'un, même moi, aurait accepté de payer plus de deux dollars pour une pomme, qui ne nécessite aucune manipulation, au nom du bien manger!
Nous voilà repartis, les mains vides, la poche plus légère, pas plus instruits ni mieux informés. Dehors, après la neige, voilà le verglas. Sur avenue du Parc, je suis le camion de la ville qui déverse du sel, déposant même un petit monticule lorsqu'il s'arrête au feu rouge. Sur la rue Bates, une rue plus déserte, ma voiture dérape un peu. Rien d'affolant, même pas assez pour me secouer de la torpeur qui m'envahit rapidement. À côté de moi, mon fils dort, tête renversée, l'appui-tête entre les mains. Nous roulons vers le perchoir, où il faut bien que je cuisine ...
Ce soir, dans cette neige et ce verglas, nous irons à St-Eustache. Rien à y voir, seulement une dernière visite à un défunt. Ou plutôt une courtoisie à ses enfants, puisqu'il nous connaîssait à peine.
Il y a quelque chose de morne et d'hypnotisant à la fois, que de voir passer une journée. Grise, triste et fascinante. Même si rien ne se passe. Puisque c'est le seul passage entre l'hier révolu et le lendemain inconnu. "Un package deal", comme on dit, à prendre ou à laisser.
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