16 novembre 2002
Retour de fortune

Hier soir, pour tromper le vertige du nid vide, nous sommes allés manger au restaurant. Ce n'est pas la première fois que mes fils désertent le souper familial du vendredi, mais je ne suis toujours pas encore habituée. Il y a ce fils qui s'ouvre aux copains (et copines!), il y a cet autre qui se ferme à l'effort et aux défis, et cet autre qui vogue, de galère en montgolfière, sans le savoir. Des jours pleins de lest en ce qui me concerne, des jours et des fils qui me rattachent à la réalité d'ici, comme un verre d'eau jeté au visage, un réveil-matin strident, ou une claque ...

Pour en finir avec hier soir, et pour tout vous dire, le plus jeune est revenu tôt, goguenard. Son frère le sorteux (qui ne l'était pas du tout, jusqu'à il y a quinze jours!) apparaissaît dans sa citrouille de Cendrillon d'un air assuré, comme si il descendait d'une corvette! Alors que l'autre revenait bien plus tard encore, au trois-quarts de la nuit, l'air brumeux! Enfin, le père a pu dormir, mais moi je ne peux plus, trop emportée par mes propos de la journée.

Aujourd'hui, prérogative de mère oblige, je les tire tous de leur lit, assez tôt quand même, 9h30, et leur sers un vrai petit-déjeuner de week-end. Si vous voyez leur tête ébouriffée! Doucereuse, avec le sirop d'érable, je leur disais simplement qu'il y a un prix à payer pour s'être couché si tard et que ce n'est pas une raison pour débalancer un autre jour! Puis, leur laissant avec du poulet au four et quelques recommandations, nous étions partis pour les Laurentides, ne relevant pas trop le fait que deux des trois se sont recouchés, pour un petit somme réparateur!

Quelle belle journée pour partir, j'en ai grand besoin! En auto, c'est moi qui pique un somme! Et puis, nous déjeunions chez des amis artistes à St-Sauveur. Voir l'atelier d'une peintre, discuter de motivation profonde et d'écriture. Une belle énergie s'en dégage. J'ai eu froid, habillée en citadine. Mais chez moi, dans mon antre du nord, je me suis oubliée ... En haut, dans mon boudoir, je me suis vite rendue pour admirer le profil de la statue de Bouddha, pour allumer un bâton d'encens et caresser mes livres du regard. De retour en bas, une bouilloire pour le thé, des bûches pleines l'âtre, un feu si fort qu'il souffle comme dans une forge. Et je me suis oubliée plus encore, perdue dans les mots qui me venaient instinctivement, sans préméditation. Puisque j'avais même égaré dans les recoins de ma conscience, les mots inachevés et écrites il y a quelques trois semaines. Tant et si bien qu'en montant en voiture, je me disais justement que je ne me souvenais plus de l'histoire et des personnages qui errent là-haut, en ces lieux, loin de mes esprits.

Mais voilà, ils m'ont pris en otage et j'ai consenti. Le feu est bien éteint, le soir bien tombé, et je grelotte. Voilà trois fois au moins que je disais à mon mari patient: "Donnes-moi quelques minutes, je dois terminer quelque chose!" Enfin, je m'arrête essoufflée! J'ai faim maintenant!

Au retour, nous nous sommes arrêtés à Laval pour souper. Notre restaurant habituellement si tranquille est bondé: des robes habillées, paillettes et brillants, des voiles suggestives, du noir chic comme du noir passe-partout... Déjà des réceptions de Noël: de la musique entraînante, une double queue au buffet, des serveurs affairés. Un tourbillon qui d'ordinaire me rebute, voilà qu'il m'entraîne dans la griserie. Je ne sais pas encore tout à fait, mais ma combativité est revenue! C'est la claque ou le verre d'eau qui, enfin, a fait son effet!

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