29 juillet 2002
Du charbon et des hommes

Je suis allée passée deux jours de quiétude dans ma maison des Laurentides. Même mes fils ont apprécié l'espace, le ciel, le lac et le lopin de terre, après un mois dans la cohue, des espaces restreints et la chaleur du bourlinguage. Nous continuons à subir le décalage, dormant à des heures impossibles et ... faisant notre feu de camp pour quelques guimauves à ... 4 heures du matin! Comme à tout bout de champ, des histoires du Viêt-Nam font surface par association d'idées. D'où le titre de cette entrée ... et je m'explique:

Devant l'énorme braise après le feu de camp, à toute fin pratique inutile, je me suis mise à penser aux deux petits morceaux de charbon, allumant le tout petit feu, pour faire griller les 7 crevettes achetées sur la plage de Nha-Trang. Je ne vais pas m'étendre sur l'histoire de la commerçante nous laissant là avec son attirail et ses paniers, pour aller nous chercher une bière et une orangeade ... avec son scooter argenté et ses ongles vernis! Je passe aussi sur le prix très touristique de 80000 dông pour 7 crevettes, alors que je payais 180000 dông pour 1 kilo à la plage de Lang Co près de Dà-Nang, pourtant, c'était aussi à un restaurant de bord de plage, bondé de touristes locaux. Je suis entrain de vous parler de charbon ... et de baie d'Ha-Long.

Alors donc, sur la route vers la baie d'Ha-Long, nous avons bifurqué pour aller vers la montagne Yên-Tu. La région est pauvre et sauvage, et après des pluies torrentielles, le sol est plein de rigoles. L'eau a même traversé la route à plusieurs endroits, inventant son lit de mille façons. Aux abords des routes, dans les courants d'eau boueuse, des grappes de femmes et d'enfants sont dans l'eau jusqu'à la taille, cherchant quelque chose avec leurs paniers tressés à fond plat. Peut-être de l'or? Mes fils eurent quelques excitations quand l'idée fut émise. Mais bientôt, nous avons la réponse. Les gens ramassent des pépites de charbon charriées par l'eau, érodées du sous-sol de la région, riche en gisements.

Puis nous voilà à Ha-Long, ville administrative créée pour des besoins touristiques. De ce que nous avons vu de la baie d'Ha-Long, oui, les îles aux rescarpements typiques, ou plutôt, leur profil à l'horizon, mais aussi, la fumée industrielle de Hong-Gai (le nom signifie précisément "mine de charbon"), ville portuaire qui exporte 90% de l'anthracite vietnamien vers le Japon. Et aussi, la surface huileuse de l'eau dans la baie, où flottent des étrons, témoins indéniables de la conditions de vie des gens, voguant sur leurs embarcations vétustes ou accrochés sur les rescarpements insulaires. On nous avait aussi amenés à une plage minuscule, baptisée du nom d'un astronaute sovietique, par l'oncle Hô lui-même, où l'eau était glauque et peu rafraîchissante, où il a fallu payer pour chacun des seaux d'eau douce pour se rincer ensuite. Au retour vers la terre ferme, malgré que ce soit un petit bateau loué privément, une vendeuse ambulante s'y est installée d'office, nous harcelant avec ses pacotilles. Avec le soleil qui plombe et pas un souffle de vent, imaginez notre soulagement quand finalement nous avons accosté.

Désolée pour vos illusions. La baie d'Ha-Long de Catherine Deneuve dans "Indochine" et de James Bond dans "To-morrow never die" manque de réalités sensorielles. J'espère quand même, dans un prochain voyage, retrouver d'autres enchantements, mais pour cette fois, c'est raté pour la Baie d'Ha-Long!

Il reste que le charbon, plus essentiel pour les hommes que le cinéma, et l'exploitation du charbon qui pollue, tout comme le tourisme qui dénature. De ce point du vue, je suis contente d'avoir passé vite sur les lieux, il n'y a pas là de beau rôle possible!

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