09 juin 2002
Ma pagode et moi

Il y a plus de sept ans, j'ai trouvé le bâtiment qui est devenu aujourd'hui un centre socio-culturel bouddhique. Chaque fois que j'y retourne, il me semble que j'y retrouve une source de fraîcheur, de quoi me désaltérer. Pendant longtemps, je me suis demandée si ce n'est pas de l'attachement à l'origine culturelle, ou à la fascination spirituelle, ou tout simplement à l'affection que j'éprouve pour le moine, un homme jeune, toujours souriant, toujours humble, aux grandes visions sociales et religieuses. Il y a sûrement un peu de tout, mais surtout beaucoup de tendresse pour cette institution bien vivante, avec ses rituels et ses traditions. Quoique ... je ne suis pas certaine d'apprécier tout le cérémonial des occasions festives, comme la journée d'aujourd'hui, où l'on inaugure les nouvelles installations. Voyez un peu la salle principale et le bouddha devant lequel s'incline une centaine de fidèles, chaque dimanche ...


Chaque fois que j'y retourne, il se trouve toujours une vieille dame, la même ou une autre, pour me dire avec cet éclat de fierté dans le regard: "Merci, voyez ce que vous avez trouvé pour nous, que la grâce soit avec vous!". Alors que je protestais aujourd'hui, comme toujours, que je me suis trouvée là par hasard, alors que tous les autres y travaillent si fort mois après mois, la vieille dame m'a dit: "Non, il faut que vous acceptez la grâce qui vous incombe, ne soyez pas modeste, Thây (le moine) parle souvent de ce que vous avez fait!" C'est vrai que je ne réalise pas encore le rayonnement de ces lieux, si sobre, si joyeux et apaisant à la fois! Et la portée de mon humble contribution!

Il se trouve toujours, à chaque célébration, quelqu'un qui rappelle, dans son discours officiel, le fait qu'il y a vingt-sept ans, nous étions errants, déracinés et sans toit, et qu'aujourd'hui, cette terre d'accueil nous a permis de nous refaire un pays, une culture et dans notre langue. Et moi qui pleure toujours à ces passages d'émotion (chaque fois, sans mouchoir à portée!)... Je ne sais pas si je n'ai pas sous-estimé aussi, le traumatisme subi, il y a vingt-sept ans, lorsque je me suis arrachée de chez moi, pour venir ici. Une analogie s'impose à moi: c'est comme si je suis un bonsaï que l'on a forcé, il y a vingt-sept ans, de courber son tronc, vers une autre direction. Alors, de temps à autre, là où le tronc a dû dévier, quand on gratte un peu l'écorce, la sève pleure les larmes de peine retenue par toutes ces années de déviation. On dirait que lorsque le bonsaï de moi retrempe ses vieilles racines dans une certaine concoction dans l'air, un tronc imaginaire tente de pousser dans sa lancée originelle, effaçant dans le battement d'un portail temporel, les vingt-sept dernières années! Vous vous imaginez comment je me sens parfois? Complètement déphasée, face à moi-même! Sally versus Ngoc-Lê! Autrement dit, une Ngoc-Lê que je ne connais pas, prend le pas sur une Sally que j'ai dénigré sans le vouloir!

Ce soir, Sally est absente alors que Ngoc-Lê n'est visible que pour elle-même! Revenez donc demain!

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