28 mai 2002
Bribes de vie

Il y a le sableur de plancher qui est arrivé très tard au rendez-vous. Pour s'excuser, il disait qu'il est allé chercher son fils pour lui donner un coup de main, comme ce dernier a terminé ses cours au cegep. C'est beau, non, père et fils, main dans la main, dans la poussière de brins de scie!

Il y a ma fille qui déménage comme déménagent tous les jeunes, mal organisés, moins de cartons disponibles que de trucs à déménager, plus de cds que de tout ce que vous voulez, plus de vêtements à donner qu'à garder, etc. Mais il y a aussi ma nièce qui prend appartement, comme on prend mari, vierge et nue, alors elle hérite de la cafetière, du petit four, de la balayeuse, du sofa, etc. de sa cousine. Alors que la maman-tante (moi!) fait le transit, la grand-maman (ma mère!) transporte ce qui se donne comme il se doit ... Il y a bien sûr mon fils qui me dit qu'il veut bien qu'on garde son lit d'enfant pour son fils plus tard, et son frère qui veut garder mon vaisselier, et ensemble, ils veulent tous garder leur couverture de bébé ..., ce qui fait que je me sens garde-meubles, comme ça va là ... Et puis, comme jeunesse pousse, il faut que vieillesse se passe, je me dis! Mais avant, il faut assurer le passage du flambeau entre générations ...

Il y a que mon gendre qui a parlé au téléphone avec quelqu'un en disant: "my wife ...", faisant cohabiter ma fille avec sa femme allègrement, et qu'il faut bien que je me mette ça dans le crâne comme il le faut! Il est grand temps, deux ans plus tard!

Il y a qu'il fait très beau et que les lilas sentent bon! Alors que les rues commerciales sont si bondées, juste à côté, sous l'ombre des érables, les rues résidentielles sont si paisibles, si banlieusardes. Montréal est un rassemblement de villages, plus ancrés que toute cette grappe d'arrondissements, nouvellement implantée ... Il y a aussi la mosaïque des nations qui côtoie là des montréalais de souche. Tout un monde qui se frotte, se fracasse, se mélange et s'affronte, vagues par vagues, comme marées sur une grève. C'est fascinant de voir, vivre et mourir tour à tour, ... la VIE. C'est agréable de nager dans les flots, avec les flots, dans la vie, en vie. Que c'est bon, ce sentiment de plénitude! Même si mon mari geint pour ses bras de déménageur qui lui font mal, ou ma plus jeune soeur qui grimace en débroussaillant son agenda, entre travail, famille, plaisir et études, ou mon gendre qui va, nez devant, libre, malgré tout! C'est que l'on fraie tous, l'on nage et l'on barbotte, dans les eaux bleues de la Vie! Il fait bon vivre, non?

Il y a que je vais bien: j'ai une petite cuisine rénovée selon un choix concerté entre mon mari et moi. Alors que j'aurai pu prendre l'opinion d'un désigner qui coûte, d'un contracteur qui charge, d'un beau-frère qui sait tout, ou d'une soeur qui touche à tout. Auquel cas, il aurait fallu accepter quelque chose qui aurait pu brimer notre bourse, ou notre libre choix. Là, nous sommes fatigués mais contents!

Ce soir, il y a nous sept à table, à souper et à bavarder. Ce soir, il y a la fille qui discute livres avec ses frères, le gendre qui s'achète des billets de baseball par téléphone, le fils qui cherche un article de presse pour apporter à l'école, le mari qui se repose enfin dans son lit, devant la télé, et moi ici, devant le clavier. C'est pas la vie, ça!

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