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J'ai fait ce rêve qui a duré longtemps, un rêve dans lequel je me suis retrouvée dans une autre ville (Toronto?), avec tous mes enfants (fille incluse, sans gendre) et mon mari. Nous cherchions un logement, nous étions égarée et nous n'étions pas riche. Nous faisions halte chez quelqu'un qui vivait dans un tout petit appartement, c'est fou tous les détails que je peux décrire dans ce minuscule refuge. Mais cette place servait de point de chute à plusieurs personnes qui semblaient s'accommoder très bien de cet environnement hostile et je ressentais, même à travers un rêve, leur bien-être au quotidien. J'ai rêvé que ma fille revenait d'un cours privé qu'elle donnait avec soixante-cinq dollars qu'elle avait gagnés, et nous lui avions emprunté tous ses sous. J'ai rêvé une histoire qui pourrait bien être un état de régression dans le temps, au temps où nous étions dans la dèche. Ou bien l'expression d'une hantise, hantise d'un retour aux jours difficiles économiquement. Bref, au réveil, j'ai pris ce rêve, non pas comme une prémonition, mais un simple rappel d'une leçon durement acquise et que de toute façon, il faut être bien vigilant pour ne pas vivre avec trop de désinvolture ... Une sorte de qui-vive, par opposition à une plénitude souveraine!
Au fond, sauf peut-être de très riches rentiers et de quelques fonctionnaires intouchables, qui ne vit pas une forme de précarité, plus ou moins grave, en comparaison à ce que vivent plusieurs employés de Radio-Canada qui est en lock-out en ce moment. Travailleure autonome comme je suis, je dépend de l'économie conjoncturelle, des coups de vents politiques et de ce que l'on appelle, de la confiance des consommateurs. Je dépend aussi de l'usure que le métier exerce sur mon système physique, mentale et psychologique. Les hauts et les bas du métier sont tous durs pour l'individu. Je travaille sans filet, sans régime de rentes, sans sécurité sociale. Qui n'est pas vulnérable à une défaillance de son propre système? Surtout avec l'air du temps qui nous font perdre tout repère de valeur et d'équilibre. Il faut pouvoir se regarder vivre, presque instantanément, pour en retirer les bienfaits et éradiquer les maux. Il n'y a pas de temps de réaction sécuritaire à ce qui arrive dans nos vies, il n'y a que réflexes (et réflexions comme ajustements de tir), bons et moins bons. Chaque réflexe, ou action, conditionnant le prochain ...
Au sortir de mon rêve, ce matin, je suis songeuse ... À midi, nous étions tous les cinq à cette clinique des voyageurs exigue où attendaient déjà plusieurs familles, pakistanais, africains et moyen-orientaux. Tout ce beau monde passait là pour la batterie de vaccins, portail obligé pour ces visites aux pays d'origine où des maladies exotiques règnent encore. Mes fils sont fébriles, pour ne pas dire nerveux, en recevant leurs vaccins, leur père aux abois, lui qui est contre les vaccins par principe. Moi, j'avais peur que leur bavardage incessant mélange l'infirmière qui, très vive, reste en contrôle de la situation.
Cet après-midi, un peu de travaille m'attend, puis je retourne ... dans mon ménage, à la chasse aux poussières de plâtre et autres bagatelles apparentées!
Tiens, je passe presque sous silence la date fétiche d'aujourd'hui: il y a vingt-sept ans, je suis arrivée à Montréal et, il y a trois ans, j'ai commencé ce journal. De la même façon, je ne suis plus le petit paquet de nerfs qui est venue chercher repair en cette terre d'Amérique, ou la débutante en quête de repère sur la toile. Aujourd'hui, je suis chez moi au Québec, comme dans ces pages. Seule la patine du temps et de l'habitude fait que je ne célèbre plus par le geste, mais toujours je rend compte de ma bonne étoile, en pensée.
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