09 mars 2002
Tout ou rien

Rien c'était pour hier, où j'avais bien commencé quelque chose, sous-titrée "Pas envie", que j'ai effacé, parce que déjà, avec ce que j'ai écrit la dernière fois, ma fille me demande si je déprime. Je disais non, mais ... j'étais instable du moins. Mon époux me soigne comme il peut, c'est-à-dire à sa façon. Il m'amène faire laver ma voiture tiens, je trouvais l'idée saugrenue mais, une fois la voiture propre, je me sentais mieux. L'autre jour, moi qui me plaignais du savon Irish Spring familial trop asséchant pour ma peau, me faisant gigoter la nuit, source supplémentaire d'agitation, il revenait le lendemain avec un savon Oil of Olay et une boîte de plastique esprès pour que je tienne mon savon privé. Ce n'est pas l'excentricité du geste, mais la petite touche de tendresse. Alors que cet homme n'achète pas, comme un animal bien dressé culturellement, fleurs, chocolats, parfums et babioles, comme tout homme bien rompu aux gestes civils. Voilà un clin d'oeil au 8 mars, où collectivement, nous devons ne pas nous attendre à toutes ces courbettes, si nous voulons collectivement être sur le même pied.

Tout est pour aujourd'hui, où nous nous sommes levés tôt pour faire le marché sous un ciel de printemps, poussière et fraîcheur incluses. Alors que le travail intense des derniers mois a tenu mes frères et soeurs à l'écart, je bat la campagne ce matin, appelant tout le monde pour un barbecue ce soir. Les fenêtres sont grandes ouvertes partout, les hibiscus sont sur la terrasse, les chaises d'été sont sorties du garage. Et, ultime signe du retour au printemps, monsieur a passé le râteau sur le terrain, balayé les trottoirs, ensuite il est resté bavarder avec le voisin au coin de la rue, négligemment appuyé sur le râteau. Que la vie est douce dans l'air, comme sur le plancher des vaches!

Tout ou rien! Voilà le problème ... et les mots qui se retrouvent d'ailleurs dans mon introduction à ce journal. Tout ou rien. Il y a des jours et des moments où j'ai de la difficulté à évoluer entre le tout et le rien. D'ailleurs, moi, comme d'autres, pour ne pas dire nous tous, passe ma vie à aller du tout au rien. Entre les deux, je pense trop, j'attend trop, je veux trop. Je me projette trop en avant, alors le quotidien devient fade. Je tiens le passé à distance, il revient au galop et assaille à des moments les plus inopportuns. Malgré tout, je réussis assez bien à tenir le moteur doux. Parfois il s'emballe ou s'étouffe, mais pour ce moteur-là, je n'ai pas d'autre garagiste que moi-même. Et je fais de mon mieux!

Bref, je pense trop en ce moment. Naturellement, je ne peux pas traduire ici toutes les idées qui me traversent. C'est comme si, une digue a sauté, alors tout déborde. Les courants d'idées entraînent dans leur débit sédiments riches, comme bois mort pourri. Je les ramasse, je les trie et je les classe. Et j'en profite pour nettoyer le fond des eaux. Ça fait pas mal de ménage en même temps. Mais bon, c'est réconfortant de vérifier quand même que l'on a un sous-sol riche et un grenier plein. Entre les deux, ça vibre et ça grouille. La vie, quoi!

Je me sens bien. Ça paraît?

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