22 janvier 2002
Le creuset

Dix heures ou dix heures trente le soir, après les rendez-vous au travers de la ville, je me précipite vers le perchoir, mon mari aussi. Je coupe un plat d'oranges, quelqu'un rassemble les autres membres de la maisonnée et nous voilà réunis, pour la collation du soir. Mais surtout pour continuer à entretenir ce creuset qui produit de si beaux spécimens, parlables, agréables, poussant droits comme seuls peuvent faire les arbres indomptés et indomptables.

D'autres fois, quelque part dans la fin de semaine, presque d'un coup de sifflet (plutôt d'un appel d'intercom!), nous voilà dans le bureau: papa dans son fauteuil de cuir noir, maman dans sa chaise pivotante de velours pêche, qui sur un vieux fauteuil hérité de grand-maman, qui sur le marche-pied, le dernier arrivé sur la petite chaise de bois qui faisait partie d'un ensemble mini de meubles d'enfant. Et nous devisons, faisant ensemble le point sur certains sujets ou certaines questions, sur les incidents des derniers jours, ou les projets des jours qui viennent. Ensemble, on s'accorde et on rigole. Parfois, papa joue de l'autorité, maman de la morale, garçon tendre prend toujours trop à la lettre, son jumeau désamorce et le plus jeune ... tempère. Il n'y a pas si longtemps, le dernier, immanquablement, manque de concentration à la fin et fait diversion. Maintenant, une fois lancés dans les discussions, les garçons collent, sautent d'un sujet à un autre, jusqu'à temps que nous les renvoyons pour passer à autre chose. Un jour peut-être, dans quinze ans, ils discourerons ensemble et ... les parents assisteront sans trop comprendre. Ils irons vite, ils iront loin. Et nous continuerons à croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, tant que le creuset garde sa forme et sa fonction.

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