19 janvier 2002
Une pause qui n'en est pas une

Hier, longue journée pleine de surprises qui a débuté par un dossier réussi comme lettre à la poste. Voilà qui inaugure bien une journée que je préfère tranquille pour me reposer un peu des derniers jours et me préparer à une soirée d'un tout autre ordre.

Nous sommes partis vers mon nid du nord pour des raisons non impératives mais toutes les raisons sont bonnes pour me mener sur cette route si belle, saupoudrée de neige fraîche. Dans mon nid, une des plantes tropicales semble ne pas apprécier la froidure, les autres demeurent figées. Vite un bon feu de foyer et des oranges coupées. Mon mari assis là, à terre, les jambes pliées en arrière comme un enfant (mais avec sa grosse veste de pépère sur le dos!), devant le foyer. Et moi derrière, sur le sofa, dans mes pantoufles et mon plat d'oranges. C'est plus qu'une pause: une récréation, une récompense pour des jours de travail réussi! La petite sieste qui s'en suit fait durer le plaisir ...

Mais le retour en ville ne fut pas reposant. Nous étions partis un peu tard (la sieste ... la sieste ...), ma petite collection de journaux intimes vite ramassée, les luges d'enfants, qui devraient accompagnés mon scout à son camp d'hiver, vite déneigées et tassées dans ma voiture. Sur la route, quelques autos dans le fossé nous font redoubler de prudence. La neige poudreuse entre chien et loup et mes essuie-glace usés rendent la visibilité discutable. Trafic dense des milliers de voitures, toutes phares allumées, dans le sens contraire à la nôtre. Au cellulaire, le scout nous talonne: ils n'attendent que les luges pour partir camper quelque part dans les cantons de l'est. Les luges serviront à transporter leurs bagages, des voitures à un camp semi-sauvage non accessible par la route ... Pas directement sur nos têtes, mais là devant nos yeux, de gros nuages chargés de neige évoluent rapidement. À la radio, le rapport du trafic routier sur les ponts et les autoroutes s'énerve. Sous ce ciel de fin de monde, lourds nuages noirs découpés sur fond de ciel gris acier encore clair grâce à l'éclat d'un crépuscule à l'horizon, nous sommes plus fourmis que jamais. J'imagine la radio qui se tait brusquement, et les communications cellulaires mortes et ... la panique de "Mars attaque". Je suis trop impressionnable.

Nous sommes rendus. Les scouts sont sur le trottoir. La voiture qui doit les amener est déjà trop chargée. Les luges n'y trouvent pas leur place. Mon mari commence à rouspéter puis se retient. Naturellement les luges sont vite cachées dans le garage. Les scouts partent enfin, après avoir attendu pour rien.

J'étais un peu chancelante dans mon perchoir. Ce soir, je dois voir un groupe d'amies, diaristes et lectrices. Les voilà déjà, en formation réduite. La grippe et les soucis ont retenu plusieurs, leurs absences sont bien senties et regrettées. Je suis plus verbomotrice que jamais. On dirait que le climat de fin de monde un peu plus tôt et le relâchement suite aux derniers jours sous pression, m'ont affublée d'une décontenance déconcertante. Le souper dans un restaurant bondé, malgré tout, n'a pas empêché les confidences et les histoires. L'énergie en présence compense bien les absences. Des projets s'ébauchent, on verra bien s'ils se poseront à terre ou ... s'évaporeront dans l'air ... Nous nous sommes quittées trop vite, laissant comme un trou d'air après la tempête. Ou comme un texte composé sans conclusion. Une histoire à suivre.

Je suis lasse. La journée fut plutôt mouvementée. En ce moment même, des émotions confuses que je passerais bientôt par le sommeil j'espère. Vaguement je regrette d'avoir trop parlé, d'avoir laissé se croiser mes différents mondes ... Tout le contraire des tentations que j'ai exprimées il y a quelques jours. Est-ce que je me comprend ou pas?

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