06 décembre 2001
La femme en moi

Hier, j'étais dans l'univers de Nancy Houston, par ses deux romans, "La virevolte" et "Instruments des ténèbres". Écriture de femme sur des destins de femmes. Je suis contente de les avoir lus. En tant que lectrice, comme tout le monde je pense, non seulement j'apprécie une plume, une histoire, mais aussi je cherche des sources de réflexions, des situations dans lesquelles je peux m'identifier et aussi mieux me comprendre. Dans le deuxième roman, le personnage principal a dit quelque chose de très juste à propos des relations intimes, pas seulement entre homme et femme, mais aussi entre deux meilleures amies par exemple ..." Comment vivre sans Témoin? Non seulement ... tous les hommes avec qui j'ai vécu ou dont j'ai été amoureuse, pour ne rien dire de mes "meilleurs amies" au lycée, à l'université et au long de ma jeunesse, mes amis hommes et femmes sur près d'un demi-siècle d'existence: chacun de ces êtres ont été tour à tour mon Témoin, comme j'ai été le leur ... Ah! les épanchements, les conversations coeur à coeur, les secrets partagés, recommençant encore une fois, se fiant, se confiant avec la même innocence, la même sottise à chaque fois - écoute-moi, voici ce qui s'est passé, mon père a fait ci, ma mère a fait ça, prends ma vie entre tes mains, contemple-la, embrasse-la, sois l'être qui me connaîtra et m'acceptera telle que je suis, et je ferai de même pour toi ... Mais il y a toujours chez l'autre, une petite chose. Un défaut minime, une faiblesse, une tache aveugle, qui le disqualifiait pour le statut de Témoin absolu. ..." En un mot, l'Autre parfait, son alter ego absolu.

À la page suivante, je lis: " Ce qu'on voudrait, au fond, c'est un deuxième soi. Seul un autre "je", se tenant à une distance respectueuse et observatrice du premier, aurait la bienveillance et l'empathie nécessaires pour jouer le rôle du Témoin."

Et, quelques soixante pages plus loin: " Longtemps, je me souviens, je crus que mes lecteurs étaient mon Témoin. Pris non individuellement mais comme une collectivité. Ils formaient une seule et unique entité que je dotais, dans mon imagination, d'yeux et d'oreilles, de coeur et de cerveau: un être vivant, respirant et sensible, susceptible de gonfler ou de rétrécir mais toujours bienveillant et attentif; m'aimant, me pardonnant tout. Dans la présence ô combien rassurante de cette créature abstraite, même mes défauts faisaient partie de mes qualités." Et de conclure que cela est faux, après avoir cru en cette chose pendant longtemps.

Et bien, en ce qui me concerne, mon mari n'est pas le Témoin absolu, certes, mais presque. Et le manque est comblé par ce journal. Il y a des jours où le manque est plus grand, pour une raison ou une autre, et bien, quelque soit la taille de ce petit ou grand trou, il est comblé ipso facto par ce journal et son lectorat en tant que collectivité. Avez-vous remarqué que cette entité abstraite n'est pas dotée de langue ou de plume (ou de clavier!), selon le personnage de Nancy Houston, pour mieux ... aimer et pardonner tout. Moi, je crois encore en cette chose! Laissez-moi mes illusions!

Sur cette plage de Cuba, je me baigne, je me promène, je prend un peu de soleil, pas tout un bain de bronzage, je vais à de très bons "shows" d'animation à 22h le soir. J'ai même fait du pédalo et du kayak sur mer, et partir en randonnée en scooter avec le Témoin en titre. Je mange bien ce que je veux sans m'empiffrer de tout ce qui s'étale sur ce buffet d'abondance. Quand les goyaves à chair tendre et rose ne sont pas offerts à pleine assiettée, je pique ceux qui sont taillés en fleur pour décoration. Après trois jours de langoustes, je me lance vers les poissons. Je picore dans les vins et les "drinks". Non, je ne serai ni bronzée, ni gonflée après cette semaine de relâche, sans obligation, ni responsabilité.

Je ne sais pas si c'est toujours ainsi, mais j'ai une nouvelle femme de chambre chaque jour. Je finirai par donner les deux boites de bijoux que j'ai amenées. Comme il n'y a pas d'occasion et de place pour dépenser ses dollars américains, mon mari laisse les petits billets verts partout, sous les pieds de ses verres de vin et de ses tasses d'expresso. Le jeune maître d'hôtel aux yeux en amande, Ormany de son prénom, s'est pris d'amitié avec nous. Il vient nous bavarder, même si c'est hors de son temps de service. Yamil le guide vient faire sa tournée de courtoisie quotidienne. Son copain est supposé nous procurer des cigares cubains de bonne source, mais nous a fait faux bond sans explication. J'aurai dû prendre ceux-là sur la plage, offerts par un "privé" qui apparaît et disparaît dans la lande, sans laisser de trace. J'aime ces contacts , même restreints, avec les cubains. Je ne vois pas la nécessité de lier connaissance avec les autres, britanniques, allemands, russes, canadiens, québécois, et autres. Comme mon mari n'a pas le vin triste ou gai (social), lui non plus se sent très bien, seul à se prélasser, ou avec moi, sa douce. Les heures aussi sont douces, si ce n'est de ce temps humide qui fait sortir mon arthrite, et de ces moustiques invisibles qui me piquent à satiété. Je ne savais pas que les moustiques cubains sont cousins des maringouins des Laurentides, au nord de Montréal!

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