04 décembre 2001
L'écume

J'ai décidé de noter et écrire mes entrées de journal chaque jour, au rythme de mes lectures, même si je ne les mettrais en ligne, tardivement, qu'à mon retour.

J'ai fini de lire ce matin, "L'écume des jours" de Boris Vian. Même si cela a été très divertissant, au début, de trouver et de s'étonner des jeux de mots et du style fantastique de ce livre, il a définitivement teinté ma journée d'une sorte de nausée indéfinissable. Moi qui est entrain d'apprivoiser une cuisine inconnue, j'ai perdu l'appétit pour la journée. Moi qui vient de lire que, comme centre de table, "il dispose un surtout formé d'un bocal de formol à l'intérieur duquel deux embryons de poulet semblaient mimer ...", et que l'anguille qui compose le plat à déguster, sort du robinet, et que le livre se termine sur l'histoire d'une souris qui a fait un pacte avec un chat pour se suicider en mettant la tête dans la gueule du chat qui consent à laisser dépasser sa queue pour que quelqu'un marche dessus. Et la toute dernière phrase du livre fut: "Il venait en chantant onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique." Rendez-vous compte, il ne passait pas que quelqu'un mais, onze (pas qu'une!) aveugles .... Toute cette dérision me renverse, j'étais bien prise dans cette entourloupette de style!

Au déjeuner, le buffet présente un ragoût de boeuf, pas seulement boeuf boeuf, mais des morceaux de vertèbres de boeuf avec ce qui comporte de viande et de cartilage autour ... J'ai passé mon chemin pour me nourrir de fruits et de bagatelles ... Au dîner, l'énorme plat de cuisses de grenouilles présente des paires de cuisses bien blêmes et ... je n'ose pas penser plus loin ... Fruits encore et poisson sans nom à chair grise ... J'ai l'impression d'être en indigestion, je ne sais pas de quoi ... Je n'ai pas eu l'écume ... des mots au bord des lèvres, mais l'écume des vagues qui se meurent sur la plage me semble bien suspecte ...

Heureusement qu'il y a ce décor de carte postale pour me rappeler que les murs des pièces ne rappetissent pas comme ce qui se passe dans le livre, au fur et à mesure que la vie de cette jeune femme s'en va ...

La femme de chambre s'appelle Mayerlin, c'est quand même plus original que Rosa, ou Maria ou Juanita ... Elle a bien aimé le collier de perles, et les boucles d'oreilles, et la broche que je lui ai offerts. Elle a fait deux coeurs avec les serviettes de bain qu'elle a ensuite disposé bien en évidence sur le lit, comme pour me remercier.

Ce soir, il faut que Boris Vian passe, sans Évian ni magnésium. Demain, je m'attaque à Nancy Houston.

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