03 décembre 2001
Carte postale

Je ne me leurre pas, ce que je vois ce matin en ouvrant les rideaux de ma chambre, ce n'est pas Cuba, mais la carte postale format club - avion-hôtel-bouffe-animation-vins-sourires - que j'ai acheté sans trop poser de question. Mais une vraie carte postale grandeur nature!

En sortant du patio de ma chambre, vous avez les buissons d'hibiscus, puis les rangs de palmiers, les pelouses parsemées de cocotiers, le sable fin avec les chaises longues, ensuite le sable grossier avec plus de fragments de coquillage que de sable, et puis la mer en trois couleurs: les vagues presque laiteuses, une large bande de mer turquoise et enfin la mer bleu azur. Au-dessus, un bleu ciel avec les grappes de nuage qui passent aussi vite que des cerfs-volants. Une mouette traverse par là, comme par hasard...

Promenade exploratoire sur ce promontoir de rocher qui ferme un bout de la plage. Roche poreuse, sulfureuse même, qui est utilisée à faire les petits murets qui délimitent les zones d'activités. J'en ramasse deux: l'une plus ronde, usée par les vagues, l'autre presque pointue, taillée comme un silex préhistorique. Quelques minuscules coquillages recueillis précieusement comme pour se pincer l'avant-bras à fin de me dire que je suis bien là, en avant-scène, dans la carte postale!

Expédition culinaire chez Don Diego, le restaurant, faute du restaurateur qui n'est qu'un portrait sur le mur central de l'endroit. Cuisine inégale dans un décor passéiste. Le maître d'hôtel a de très beaux yeux qui éclipse bien la moustache de Diégo en tableau. La pianiste joue mal. L'ambiance est affectée. Mais la langouste est vigoureuse, et le pourboire trop généreux.

La lecture du "Sourire d'Anton" me confirme dans le désir de collectionner les journaux intimes, surtout d'écrivains. Il y a comme une lumière, une révélation différente sur le schème de pensée, sur l'intuition qui les guide dans leur processus d'écriture. André Major a des mots très beaux par rapport à l'écriture d'un journal intime. Je ne vais pas quand même citer plus que ceci:

" ... J'écris quoi? Des choses qui me traversent l'esprit en me rendant au travail ou en revenant. Pas même des pensées. De vagues intuitions. Des indignations. Des émotions. Des souvenirs. Tout ce qui fait que l'on n'est pas tout à fait une bête de somme. Par le biais de ces notes de journal, je me raconte plus efficacement, moins malaisément en tout cas que si je le faisais de propos délibéré. Se raconter suppose qu'on soit devenu un peu étranger à soi, qu'on se considère comme n'importe quel personnage de fiction - avec tendresse sans doute, mais sans complaisance. Il y aura toujours des choses qu'on ne délivrera pas de leur secret, choses dont on a honte encore, humiliations et blessures toujours à vif et qu'il vaut mieux garder pour soi, croit-on, jusqu'au moment où elles trouvent leur chemin vers les autres, ces lecteurs accueillants et fraternels qui s'y reconnaissent parfois."

Je suis contente d'avoir choisi de lire ce livre en premier. Je m'identifie beaucoup à ce que cet écrivain dit. Occasion pour moi de profiter de cet arrêt de sept jours pour faire un petit recul. Il y a comme une zone d'ombre où se trouve mon rapport avec les lecteurs. Peut-être criais-je haut et fort mon indépendance face au lectorat, mais ce n'est peut-être que la preuve de l'orgueil, l'orgueil de celui qui retire d'emblée le droit et la raison d'être aux autres, de peur d'être blessé par les critiques. Un petit aveu qui ne me coûte pas, moi qui crâne, moi qui bute ...

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