06 novembre 2001
En marge

Dans mon lit, je suis bien en marge. Ma chambre est la plus éloignée du centre de la maison, au bout d'un court couloir en L. Telle que la maison est placée, le soleil n'y entre pas, hiver comme été. Dans cette pénombre, je reste allongée, la télévision marche, je zappe parfois, j'écoute, je n'écoute pas. Les fils viennent parfois, je ne veux pas qu'ils m'embrassent de trop près, ils persistent en disant: "Guéris vite, ça dure trop déjà!". Le téléphone sonne, activant ma conscience, quelqu'un répond, je suis un peu la conversation, situe l'interlocuteur et le contexte, puis je les laisse à leurs histoires ... Mon mari vient d'entreprendre le panier de linge sale, c'est bien le signal que je suis "absente" pour le moment. Il y a comme un abandon dans mon attitude, cette fois-ci. D'habitude, au sortir d'un rhume, j'ai bien des choses à faire. Ce coup-ci, on dirait que je n'ai rien qui m'attend ... Pourtant ... Des petits détails que je néglige, des petits gestes que je réprime, comme des longueurs, des latences, des lassitudes, des abandons, des laissez-aller. Ce qui ne me ressemble pas, mais en même temps, je suis fascinée, j'ai comme envie de poursuivre dans cette léthargie comme pour expérimenter quelque chose de différent. Pourtant, je n'ai rien à me plaindre! Peut-être que je me complais tout simplement!

Je n'ai plus un seul comprimé de médicament pour mon diabète. Au téléphone, la pharmacienne vient de me dire qu'elle va m'en vendre pour me dépanner, mais il faut que je retourne voir mon médecin. Et je ne pourrai pas voir mon médecin sans résultat de test sanguin. Et je ne pourrai pas avoir de résultat ... si je ne vais pas à l'hôpital, un de ces matins, à jeun, pour une prise de sang. Tout ça me fatigue! J'y penserai au sortir de mon rhume! Il faut que je me décide de sortir de mon rhume!

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