08 août 2001
Ni queue ni tête!

Je suis revenue en ville ce matin, maussade, bougonne et fatiguée. C'est bien la première fois, moi qui va dans ce nid pour me ressourcer! Au retour, je me suis vite remise entre les mains de mon mari ... pour déposer les armes et me faire consoler ... Il me fait un thé glacé sans sucre, je m'installe dans le salon climatisé, à moitié nue pour me calmer les esprits et les humeurs. Cette chaleur accablante y est pour quelque chose. Ah, voilà le coupable: la chaleur! Moi qui me démène pour fonctionner à peu près normalement, tout en essayant de raffermir les idées qui fondent au moindre coup de soleil!

Ma matinée en queue de veau s'est poursuivie en ... dindon de la farce! Alors que j'ai retrouvé toute ma sérénité et ma bonne humeur, je me suis douchée et me préparée pour aller souper avec des clients dans un restaurant viêtnamien. Alors que l'on se promettait de manger un "pho", une soupe-repas de tout ce qu'il y a de très viêtnamien, je proposais d'aller à un restaurant que je ne connais que de nom, pensant faire mieux pour une ambiance plus digne de clients que l'on veut bien traiter!

Il y a quelques années, un metteur en scène viêtnamien a produit ce film, "L'odeur de la papaye verte", très pur et très beau. Un film qui a été primé même en Europe (est-ce à Cannes?), depuis ce temps-là, quelqu'un a ouvert ce restaurant, La papaye verte, sur cette rue huppée, dans un quartier bon chic bon genre. J'avais téléphoné pour réserver et vérifier s'ils ont de l'air climatisé. Quelqu'un m'a répondu "Oui, bien sûr!" d'un ton presque offensé pour une question élémentaire. Et bien, l'air climatisé ne marche pas, alors que mon client s'est mis en veston et cravate, sa femme en robe longue et boléro élégant ... Et puis, le restaurant n'a pas de bière (la livraison ne s'est pas faite, il paraît!) et le vin blanc tiède. Nous aurions dû quitter là, sur le champ, au lieu de commander sur un menu qui semble bien élégant, mais les plats s'avèrent être un ramassis de clichés exotiques, viêtnamiens que par fausse représentation, des petits morceaux de quelque chose à la nage dans une sauce sans nom (la même sauce dans deux plats qui auraient dû être différents!). Un abus de plantes odorantes pour masquer la faiblesse du contenu. Une insulte à l'intelligence des clients qui, selon moi, doivent en connaître plus sur la cuisine internationale que ne pense cet arnaqueur de restaurateur. Le restaurant est bondé, les plats sont minus, nous sommes tous liquéfiés sur place, incapables de protester. Je suffoque, le client a laissé tomber cravate et veston depuis longtemps, sa femme babille (peut-être délire-t-elle?), mon mari, oubliant politesse et savoir-vivre, verbalise sa frustration. Bien sûr, la facture était salée ... mon mari livide, de chaleur et de colère! Nous nous sommes sauvés, trop bien élevés pour casser la baraque. À la porte juste à côté, se trouve un restaurant français, tout de blanc vêtu. Ma cliente, la première y pénètre, juste pour vérifier si l'air climatisé marche. Bien sûr qu'il marche! Qu'est-ce qu'on se sent dindons ... rôtis!

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