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Les roues tournent toujours ce matin, au rythme d'hier. Mes quatres roues, quand à elles, me transportent par monts et par vaux, sillonnant la ville, par temps chaud et ... climatiseur capricieux. Mais je tiens bon. Vient le moment où je dépose le dossier qui est en phase de maturation pour quelques jours. C'est bon ... mais mon moteur tourne toujours ... à vide! Alors, après un souper vite acheté et vite avalé, je pars sans dire où je vais, juste pour décanter doucement. Comme l'esprit se repose mieux si l'on vaque à une opération mécanique et simple, je pars donc faire une commission plus loin, à l'écart de ma route habituelle. Non seulement j'y suis allée pour rien, mais au retour, je me suis égarée ... La nuit est définitivement tombée, je conduis machinalement et prend une mauvaise sortie ... où je suis exactement? en fait, dans quelle direction suis-je? Suis-je entrain de m'éloigner définitivement? Je suis sur une route sans nom, peu éclairée. Les bâtiments sont bas et sombres, sans mention d'adresse. Pas de voiture, même arrêtée. Pas un chat, ni un chien, encore moins d'humain. Encore une courbe que je suis bien obligée de prendre, j'ai vraiment perdu le nord. J'ai bien une boussole dans le coffre à gants, mais ce n'est pas qu'une direction que je cherche mais aussi une route qui aboutisse. J'ai bien une carte mais sur une carte, le "no man'sland" d'un parc industriel est désespérément vide et hostile aux inconnus. Encore un cul-de-sac. Je fais demi-tour. Voilà une porte vitrée avec des éclats de lumière à l'intérieur. Deux camions sont arrêtés là, toutes feux éteintes. Un instant, je songe m'en approcher. La seconde qui suit, j'ai changé d'avis: en un éclair, j'ai la vision de malfrats bedonnants, qui compteraient des liasses d'argent, avec une valise pleine à craquer sur le comptoir. Pleine de quoi? d'argent ou de substances illicites, bien sûr. Non, je fais mieux de continuer à tourner en rond! Je me rassure comme je peux: mon réservoir d'essence est encore respectable et mon téléphone portable affiche encore sa disponibilité. Je suis partagée entre le désir de l'entendre sonner et la crainte ... qu'il se mette à sonner. Le désir d'entendre la voix de mon mari et la crainte d'entendre: "Où es-tu ?" Et moi, de répondre: " Euh, je ne sais pas, quelque part entre Lachine et le pays de Al Capone ..." Son esprit pratique n'aurait pas saisi ma panique, mais il aurait demander: " Que fais-tu?" Et moi, de répondre encore: "Euh, je ne sais pas vraiment, peut-être je tourne un peu à vide, pour aérer les vapeurs d'adrénaline ..." Le téléphone n'a pas sonné. J'ai continué encore quelques courbes, quelques demi-tours. Au moment où je pensais avoir définitivement perdu la carte, la route m'est apparue! Les repères familiers se présentent un à un ... Je suis revenue doucement vers les frontières du connu ... Au retour, l'on me demande: " Où étais-tu?" et moi de répondre: " Tu ne voudras pas savoir ... " Mes batteries sont à plat, je ne tourne plus, à vide ou à plein! hier
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