11 juillet 2001
Retrouvailles

Je retrouve vite des gestes de tous les jours, en plus de ceux du retour d’une absence. Dans le courrier, un petit chèque et de grosses factures. Sur le pas de la porte des journaux qu’on feuillète sans lire. Dans le frigo, la même nourriture pour nourrir et rien pour le plaisir des yeux. Chacun retrouve ses manies et sa routine : l’imprimante bloque, mon mari se choque, je réintègre mon monde du virtuel, des mots et des lettres, puis nous faisons du suivi de dossiers, chacun dans son coin, même si nous ne sommes séparés que par la largeur de la table. Un ordinaire apaisant, mais en même temps agaçant. La routine vous rattrape parce que vous vous êtes laissés attraper. Comme une victime bien domptée, vous y revenez, soumise, en guettant la prochaine éclaircie, la prochaine promesse d’excitation. La routine est confortable mais on s’y rebiffe. Le laisser-allez est délicieux mais à petites doses.

Je propose que nous allons prendre notre fille à sa sortie de travail, pour aller souper. Je pensais à une jolie place tranquille, on me propose le plus qu’ordinaire St-Hubert du coin le plus achalandé de la ville. L’ordinaire tue à compte-gouttes. Dans ce relent de frustration, au détour d’une discussion divergente, le ton monte, mon mari échappe des mots que je prend pas. Sous un ciel lourd et menaçant, dans ce brouhaha de restaurant, je pleure sans retenue. Mes larmes me surprennent, alors que je ne suis pas triste, seulement contrariée. Comme sur un voilier ou avec un cerf-volant (coup de chapeau à mon amie l’Incrédule), sans avertissement, une fausse manoeuvre, un petit vent traître et c’est la flotte. Les ailes mouillées, je ne vole plus. Mon fils console comme il peut, ma fille jacasse de plus belle pour faire diversion, mon mari incrédule essaie quelques approches maladroites … Lourde soirée en perspective!

Nous voilà sur le balcon de ma fille à voir ce feu d’artifice. La musique à la radio ne peut enterrer le trafic incessant de la rue. Moi qui pensais faire durer le plaisir en proposant quelques sorties privilégiées à ma petite famille réduite, avant le retour des scouts. Trop tard, le charme est rompu! Finies les vacances! Un retour distrait, une attitude distante, disparut le plaisir! Ma foi, est-ce que je boude?

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