09 juillet 2001
Impressions sur le beau pays (3)

Imaginez le réveil dans une chambre lambrissée de bois, à vos pieds, s'étalent des champs verdoyants ... Quand vous descendez pour déjeuner sur la terrasse avec vue sans fin vers l'horizon qui s'est fondu dans le ciel et le fleuve par une brume persistante, des vaches et leurs veaux se prélassent sur le champ voisin. Quand à vous, vous êtes inondés de soleil ... et votre hôtesse vous apporte un oeuf à la coq, entre autres délicatesses, et votre hôte vous remplit la tasse à café plus vite que vous ne pouvez la vider. Vous vous permettrez de rêver d'être tout à fait chez vous, avec dame gouvernante et valet de corps! D'autant plus que ce sont des européens installés là depuis sept ans, avec un mélange d'accent qui vous perd ... sans vous méprendre tout à fait! Vous vous imaginez? Vous y êtes ...

En quittant, nous sommes allés voir la connaissance qui habite là, à mi-temps, dans sa maison-phare (à cause de sa situation sur une pointe de l'île), ou plutôt sa maison-navire, avec pont avant et terrasse arrière, battant pavillon canadien, et matelot qui "asticote" l'immense entrée par une toute nouvelle couche de goudron. Monsieur, tel un amiral, surveille son équipage, chemise débonnaire et canne à l'appui. Ouf! nous ne faisons que passer ... en étrangers!

Sur la grève nous nous promenons. La marée basse dégage tous ces rochers couverts d'algues très certainement vivantes. Bizarrement, en regardant de près, ce ne sont pas des rochers solides comme du roc, mais des schistes, c'est-à-dire que l'on peut le détacher à la pointe de l'ongle en feuilles grossières. À preuve, comme un fond de sable grossier plein de brisures de coquillage, il y a tout ce "sable" formé de brisures de schistes. On peut imaginer l'usure des marées donc de l'érosion sur ces rochers d'apparence solide! Bref, je suis repartie avec un morceau de schiste de la grosseur d'un cahier épais de 3 centimètres! Nous sommes allés voir ensuite deux petites chapelles de procession, dédiés à St-Isidore et St-Pierre, patron des pêcheurs, et l'église St-Louis qui a une voûte impressionnante. Dernier tour de l'île pour admirer les maisons proprettes, perchées sur la crête ou tapies dans les champs, en s'imaginant habiter l'une ou l'autre! Avez-vous remarqué que les jolies maisons à votre goût ne sont jamais en vente et que les autres vous déçoivent, les unes plus que les autres?

En quittant l'île, sur le traversier, nous nous laissons aller à l'air marin et je jongle avec l'idée d'y revenir ou pas. Un jour peut-être, si je veux faire du cyclo-tourisme autour de l'île ... Pour le moment, nous allons à Pointe-au-Pic, en passant par St-Irénée la musicale. Le manoir Richelieu s'annonce par son parcours de golf et voisine le Casino qui certainement, doit avoir changer le profil de ses clients. Le manoir donc, un hôtel très "canadien pacifique" avec tapis moelleux, portier à uniforme, armée de serveurs et serveuses presque trop élégamment vêtus. À la terrasse, nous dînons avec la vue en plongée sur le fleuve. Il fait un temps magnifique, malgré un parfum d'orage dans l'air. À peine la commande passée, l'averse tombe abondamment. Abrités par une grande tente, avec le panneau latéral ouvert, nous devisons, accompagnés du chant de la pluie. Mon mari est comblé, lui qui souhaitait presque les orages, juste pour entendre leur vacarme puissant. Mesurant mon insouciance toute vacancière, je réalise que nous sommes partis depuis à peine quarante-huit heures, déjà nous sommes si remplis, si pleins de tous ces instantanés du beau pays. Il nous semble, à tous les trois, que nous sommes partis depuis plus longtemps, à trop bien manger et trop bien voir! Tous nos sens sont comblés et plus encore avec le soleil éclatant revenu! Nous avons pris des photos des jardins et du bâtiment, et je regrette amèrement l'absence d'un film panoramique. Dans le viseur de mon vieux 35mm, un Nikkon "qui fait bip bip", le cadrage est trop limitatif, le champ de vision si court que pour la première fois, je ressens les limites d'un médium visuel ... Puis nous avons marché sur ce sentier dans les bois, un sentier qui longe l'escarpement de la falaise. Ensuite, nous sommes allés faire un petit tour au casino, un petit casino tout propre, tout beau, trop propre trop beau pour être un lieu de perdition! Avec notre fils dans l'auto, nous avons un peu joué aux machines à sous, très peu jouer même, assez pour récupérer la moitié du coût du repas, mais pas assez pour vouloir rester au manoir Richelieu pour la nuit. De toute façon, nous sommes rassasiés de belles choses et de bonne chère. Curieusement, l'idée de retour à la maison fait surface, la maison des Laurentides pour tout dire. J'essaie de combattre l'idée en raisonnant: rien ne nous attend en ville, on va s'ennuie plus des scouts si on retourne, ici c'est près mais c'est loin, quand reviendra-t-on ... Rien ne va! Après un petit tour à la Malbaie, la route du retour est devant nous ... mais allons-nous traîner en chemin? Bref, nous sommes sur la route de l'indécision où l'on tergiverse et l'on se tiraille, sans chicane!

À l'approche de Baie-St-Paul, nous nous arrêtons sur ce promontoir où notre champ de vision embrasse toute la ville nichée en bas. Mon mari vibre sur le beau pays, lui qui ne voyage pas chez lui! En même temps: "C'est pas loin, c'est pas loin, nous sommes à trois heures et demie de chez nous!" À Baie St-Paul, j'ai réussi à voir encore le Centre d'art où plusieurs jeunes artistes sont exposés et une autre galerie située là, tout près. Devrons-nous rester encore à Baie-St-Paul? La valse des indécisions nous fait partir pour Québec pour y souper, mais je crois que mes deux hommes, sans être affirmatifs pour me contredire, nourrissent l'envie de s'envoler chez eux, histoire de réchauffer leurs pantoufles abandonnées depuis ... moins de trois jours! Ces voyageurs de dimanche!

Québec, au coeur du festival d'été, avec tout ce bruit, tout ce monde, c'est trop, après Charlevoix bucolique des grandes espaces. Dans mon humeur grise, les vieilles pierres sont tristes, la table tristounette, la salade défraîchie, les pommes de terre colorées trop orange et la viande ... correcte. Une marche sans entrain vers la basse-ville, l'idée d'y passer la nuit hante, pour que je puisse aller au musée le lendemain. Je discute mais je n'insiste pas, après tout ils sont deux à vouloir rentrer! Cette fois, c'est fiston qui tranche: on rentre!

Sur la 40 ouest, dans le noir nous filons, le conducteur est attentif, la passagère somnole et sursaute à tout bout de champ. Pas reposant, ces réveils brusques et la ligne blanche sur la route dansante. Sommes-nous toujours sur la route de la maison ou plutôt celle de l'enfer? Sursauts d'angoisse qui s'égrènent avec les kilomètres ...

Arrivée chez nous, dans les Laurentides, au milieu de la nuit, presque à pas de loup. Les hommes se couchent sans plus tarder, moi je reprend mon souffle pour mieux revenir. Après tout, je suis chez moi et j'aime moi aussi, non pas mes pantoufles, mais mes "gougounes"!

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