04 juillet 2001
Sortir du cocon

Les scouts partent demain pour huit jours dans l'Ouest canadien, j'ai dû me secouer pour aider aux préparatifs. Eux deux se préparent comme ils peuvent, c'est-à-dire assez innocemment, sans trop se poser des questions sur ce qui les attend. Presque au pied de l'avion, mon plus jeune refuse encore de croire au fait anglais et persiste à croire qu'il va trouver des gens qui vont se débrouiller pour lui parler français! Alors qu'il va loger seul chez des gens de Calgary! Ce qui nous inquiète le plus, ce n'est pas le fait que les garçons partent sans nous, parce que d'habitude, ils vont toujours camper dans les bois pour dix jours en été, mais c'est le fait qu'ils vont chez des gens! Alors les consignes de sécurité fusent, de la part des organismes (Scout ou YMCA) tout comme de notre part. Vous savez, ce que l'on dit aux petits (!) enfants: ton corps, ta chambre, c'est personnel, si tu ne veux pas, tu dis NON catégoriquement, etc. Vous voyez le portrait: Sally qui essaie de dire tout ça à son bébé de quatorze ans, et en anglais, s'il-vous-plaît, parce qu'il faut bien qu'il sache dire NO aussi catégoriquement que possible, non? Moi qui était d'accord qu'il soit logé seul, au lieu d'être à deux, pour le forcer à parler anglais! Alors que son père aurait préféré qu'il soit accompagné!

Cet après-midi, mon frère et sa petite famille sont venus à l'improviste, après un accueil chaleureux et honorable, peu de temps après, ils me dérangeaient, en toute honnêteté. Il n'y a rien à voir avec eux, mais tout à voir avec le fait que je suis si confortablement lovée chez moi, avec les miens, que l'envelope du cocon s'était comme déchirée par la venue des autres. Bref, j'avais comme une bouffée d'impatience ... et je ne les ai pas gardés à souper!

L'impression du cocon est plus forte encore avec les vacances scolaires (parce que les enfants sont tous là!) et par la température fraîche des derniers jours qui nous amène à nous couvrir le soir. L'été est si doux qu'il déphase. On dirait que l'automne est presque là et mon mari va commander du bois de foyer bientôt! Il me semble que mon perchoir et mon nid du nord, ensemble, font un bien grand cocon douillet qu'il faut y veiller tout le temps. Il me semble que nous n'avons jamais aimé notre chez-nous comme nous le faisons maintenant. Avant, nous avons déjà eu de jolies maisons, que nous avons décoré, où nous avons reçu et entretenu tablées, soupers et veillées. Mais on dirait que c'était des lieux d'habitation et de réception, où nous y faisons commerce de monde et de relations. Jamais c'étaient des cocons douillets. Alors qu'aujourd'hui, malgré leurs imperfections, mon chez-moi c'est le ventre de ma mère reconstitué, tout en étant mon ventre pour les miens.

En ce moment donc, je sors de chez moi, surtout dans la tête, et encore ... si peu! En nourrissant cette sensation du cocon comme il le faut, je sais que bientôt je vais repartir dans le monde des gens et des dossiers en portant mon cocon en moi. Bref, je sortirais de chez moi, avec mon cocon en moi ... J'en ai la ferme conviction ...

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