02 juin 2001
L'esprit vagabond

Est-ce la discussion avec une amie et cliente sur la mort, la vie qui nous reste et qui nous file entre les doigts, ou le coup de poing que j'ai dû mettre sur la table (une façon de parler seulement, mais j'ai quand même dû dire à quelqu'un: "ça suffit maintenant, dans quinze minutes je traverse le pont pour aller à votre bureau, et je veux avoir mon chèque dans mes mains ...") mais j'ai si mal dormi ... Pourtant j'étais dans mon nid du nord (mais seule dans mon lit!) et j'ai rêvé, pas vraiment à une histoire à dormir debout, mais à des climats oppressants et lugubres. Alors j'ai pratiquement dormi debout en me levant plusieurs fois, en m'allongeant au salon pour me relever en frissonnant. Au cours de la nuit, même le décor que j'aime devient hostile. Pour me rassurer, je fais marcher la laveuse. Vous allez dire, pourquoi pas la radio, mais la radio est une incursion du monde extérieur qui peut m'annoncer au milieu de la nuit un meurtre, un accident d'auto, une tuerie, un tremblement de terre, un ouragan, ou n'importe quoi d'autre qui bousculerait alors le peu d'équilibre que j'avais ...

À la levée du jour, j'étais rompue et je m'étais allongée à côté de mon fils dans son grand lit. Rien n'est plus calmant que le souffle tranquille d'un être aimé. Alors voilà, mon fils m'accompagne même dans le sommeil qui fut court mais réparateur.

Mais l'impression oppressante de la nuit demeure, mon esprit continue à vagabonder toute la journée. En témoigne l'oubli du téléphone portable dans mon refuge, j'ai dû faire demi-tour pour le récupérer. Arrivée en ville, je me suis rendue compte que j'ai aussi oublié mon cartable et mon agenda. Non, je ne retournerai pas pour les prendre.

Ce soir je vais chercher à l'aéroport de Dorval, la tante de mon mari qui arrivera de Vancouver et nous l'aurons chez nous pour une semaine. Mon plus jeune fils doit libérer sa petite chambre mais il s'y prête tout simplement. La semaine va passer comme il se doit, c'est-à-dire une journée à la fois. Plusieurs petits événements de la vie courante me tiennent attachée au réel, sinon je pense que mon esprit vagabondera plus, à moins que cette énergie se tournera plus profitablement vers une forme de création quelconque. Je ne suis pas sûre que je me laisserai encore habitée par un autre esprit, même de création, non pas par doute mais par crainte de perdre un équilibre durement gagné. En ce moment, je prend plaisir à faire les sandwiches aux garçons par exemple, ce qui me rattache au présent! Le laissez-aller est difficile pour moi, avant comme maintenant!

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