29 avril 2001
Deux mondes

J'ai hâte de terminer le cahier rouge, comme prévu au 18 mai prochain. Naviguer entre deux mondes me cause problème: me replonger périodiquement dans un climat du passé me fait d'une part constamment mesurer l'avance de ma vie par rapport au passé. D'autre part, cela me fait poser la stupide et vaine question qui est la suivante: que pourrait être ma vie, s'il en est autrement?

D'abord, en cherchant le reflet du passé dans ma vie actuelle, me fait dire que l'on ne change pas fondamentalement. Je suis toujours touche-à-tout, je fais toujours plusieurs activités diverses de front. De fait, j'aime cette facette de ma personnalité. J'aime cultiver ma propre cohérence. Je suis toujours vulnérable aux effets de mes rapports avec les autres. Ce qui me rend tout à fait confortable de bavarder ici (ou clavarder, pour envoyer un terme à la mode) mais bavarder dans mes termes et mes conditions (mon site avec adresse de courriel à la limite de la courtoisie, sans plus!). Bavarder comme on se parle tout haut sans attendre écho et réaction! Par ailleurs, j'ai toujours investi émotions et tendres sentiments à l'égard de quelques rares personnes qui n'ont jamais été au coeur de ma vie, mais à la marge, très à la marge même. Comme D., celui-là qui était le frère d'une amie, celui qui a nourri, sans le savoir, mon idéal de vie familiale. Comme le professeur D. devant qui je m'incline comme devant un compagnon de l'intellect. Comme celui que j'ai rencontré très brièvement en mars 75, qui symbolise l'aventure et la luxure pour moi. Des personnages en fait mais qui m'ont apporté brefs aperçus sur d'autres bouts de vie que je ne vis qu'en pensée, en de brefs moments. Brèves pensées et brefs moments qui demeurent vivaces!

Par le cahier rouge, redonner vie à une brèche du passé, dans ma vie actuelle est en soit une entreprise énorme. Une image s'impose à moi: je suis debout, jambes écartées, chaque pied posé sur une parcelle de monde, d'un côté l'autre, l'ancien, le passé, de l'autre côté, le présent, le vivant. Remarquez que je dis, le présent le vivant, mais pas le passé, le mort. Ou le présent le réel, et le passé l'irréel. En fait, le présent le vivant et le passé le vivant aussi, mais autrement vivant. Alors voilà, Sally écartelée entre deux mondes, deux continents qui s'éloignent (quelle prétention, c'est comme dans la dérive des continents, que je me dis!). Toute une entreprise donc qui s'impose à moi: celle de ma propre cohérence. Qui j'étais, qui je suis et qui je serai devenue. Une entreprise d'actualisation de soi, pour ceux qui sont familiers avec la pyramide de Maslow!

J'ai hâte de terminer le cahier rouge, parce que, en toute honnêteté, cela m'éloigne un peu des miens. Non, cela ne m'éloigne pas, mais cela m'isole parfois des miens. Ce qui provoque des effusions d'embrassades et de tendresses que peut-être mes enfants et mon mari ne comprennent pas. En fait, c'est ma façon de me réarrimer à ce côté-ci du rivage, le vivant, le palpable, le physique.

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