24 avril 2001
Vent d'Est, vent d'Ouest

Tout le long du jour le vent s’est ramassé … Le ciel était plus clair à 7h ce matin qu’à 9h30, quelques deux heures plus tard. Vers 10h, j’étais aussi maussade que le ciel gris … Il faut dire qu’à 2h du matin, je tournais dans le lit, à 3h je m’installais sur le sofa au salon, à 6h je me levais en frissonnant, à 7h j’étais définitivement debout, à 9h j’avais l’idée d’essayer de consigner ma journée aujourd’hui comme un carnet de bord, mais à 10h, j’étais si déprimée et … aussi maussade que le ciel gris! (je sais, je l’avais déjà dit cinq lignes plus haut, mais je veux être sûre que vous avez compris que je tournais mal ce matin …)

On me disait qu’il y aura grands vents aujourd’hui, mais je ne l’entendais pas ainsi, trop occupée par mon ciel intérieur statique. Mais le vent s’est levé doucement, ensuite à grandes rafales. La poussière virevoltait, mes cheveux se dressaient tout droit alors que j’attendais un client, entre deux portes. Plus loin, plus haut, le vent ramassait à grands coups de balai toutes les miettes de ciel gris et les repoussaient, à la fin du jour, vers l’horizon là-bas, comme des bouclettes de nuage gris et orageux. Quant à moi, j’étais dans une salle de congrès, à serrer des mains, à renouer quelques contacts, à dépoussiérer quelques connaissances. Tant et si bien que le ciel intérieur s’est éclairci et que je me suis déridée pour de bon. Dans l’antre d’une grande salle de bal d’un hôtel, en foulant d’épais tapis fleuris sous ses pieds, avec toute cette faune policée, souriante et presque enrubannée, le monde a l’air d’être un plateau d'argent et que les gens seront des petits bonbons chocolatés! Curieusement, sans être dupe, on se laisse pris en charge et par le fait même on profite d’une trêve …

En soirée, j’étais définitivement sortie de la spirale déprimante. J’ai réussi à travailler, voir des clients et même négocier. Dehors, les rafales aussi s’estompent, un rayon de soleil vient de réussir de percer à travers un épais nuage plus capricieux que menaçant. Étrangement, mon ciel du jour a épousé les couleurs du temps. Et je me suis perdue momentanément, bousculée d’une part par tout ce vent d’Ouest des manières en société (le gratin de mon monde professionnel), et ce vent d’Est des attitudes nuancées (la cliente et mon homologue de ce soir, orientales toute les deux). Je m’en suis sortie du choc des vents : par quel miracle? De ce tumulte j’émerge, encore étonnée d’être sombrée, comme par inadvertance!

Je cherche encore la cause : est-ce le syndrome prémenstruel? Ou un certain vide émotif récemment occasionné par une décision sage et difficile? Ou la prise de conscience de ma fragile sérénité? Ou l’émergence du plus profond de moi d’une mésalliance, d’une forme de cassure?

En cet instant précis, par les mots je cherche à mettre le doigt sur quelque chose de connu, d’enfoui et d’émergent … ou peut-être de tout nouveau. Je ne sais pas encore. Quelque part, il y a des amarres qui lâchent …

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