20 avril 2001
Silence!

Faire silence, voilà ma pratique du jour. Rien dire pour ne pas remplir l’air de bouts de dialogue de sourds. Dans la vie de couple, même dans les couples sans histoire, il y a de ces bouts de réponses (et de questions) qui ne riment à rien, parce que, et questions et réponses, sont usées et redites depuis longtemps et toujours.

Alors aujourd’hui, je ne demande pas : « Où vas-tu? Comment ça va? » et je ne dis pas : « Je m’en vais là … ensuite je reviens vers … » Parce que les réponses ont toujours été : « Je vais ici ou là (pour des occupations toutes quotidiennes) et que ça allait toujours bien ». Et puis moi aussi, j’allais à des occupations toutes quotidiennes pour toujours revenir là d’où je viens!

L’absurdité des questions et des réponses a bien été rendue dans la pièce de théâtre « Les Voisins » que j’ai vu dernièrement, et détestée. Tout compte fait, peut-être parce que je me suis distancée de cette parodie des relations humaines. Mais il y de l’absurdité de ces dialogues de sourds aussi dans un couple, dans la relation parents-enfants, si on n’y porte pas attention.

Quelques extraits inédits : Elle dit : « J’ai mal au ventre … » Il lève la tête de ce qu’il est entrain de lire : « C’est bien. » Le fils dit : « Regardes papa, les trous dans mes souliers … » Le père répond : « C’est très bien, il n’y a plus de neige maintenant. » Ou bien, elle : « Je vais prendre une douche, réponds au téléphone … » (C’est une évidence non, si je vais prendre une douche et puis bien sûr quelqu’un va répondre, sinon, le répondeur sert à quoi!)

Vous savez quoi, essayez une journée sans dialogues de sourds, machinales et inutiles. Votre esprit sera plus clair, vous êtes mieux concentrés sur ce que vous êtes entrain de faire. Quand vous parlez, ce que vous dîtes a plus de poids. Même le son de votre voix vous sera étrange quand vous l’entendrez. Avoir de l’espace dans vos esprits donne de l’espace dans votre environnement intérieur … et dans votre temps.

C’est ironique de faire le parallèle entre cette première journée du Sommet des Amériques où le peuple demande la parole et droit au chapitre, et moi dans mon petit monde qui m’impose le silence pour qu’une autre voix (et voie) puisse émerger. Vous savez quoi encore, dans la physique quantique, ma petite voix qui vibre peut aussi changer le monde, autant que ce qui tonne à la ville de Québec en ce moment. Ne sous-estimons pas la portée de ce qui s’écrit ici, dans un journal en ligne, en témoigne mon lecteur de Melbourne!

Il existe un dicton populaire viêtnamien qui dit : « Thùng rông kêu to », ce qui veut dire que quand l’on tape sur un tonneau vide, il sonne fort, alors que si l’on fait la même chose sur un tonneau plein, il sonne sourd. Essayons de faire abstraction de tous ces roulements de tambours, médias, politiciens, leaders de groupe et voix d’autorités, élus ou pas, pour écouter la petite voix qui est en vous. Elle est viscérale, intuitive ou d’inspiration divine. Elle est la seule, l’unique, la vraie.

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