15 avril 2001
Sous un ciel radieux

Je filais sur l’autoroute 10 – l’autoroute des Cantons de l’Est, je me mélange toujours sur l’appellation des autoroutes par leur numéro – avec mes fils. Mon mari conduisait l’autre voiture, transportant la fille, le gendre, le beau-père et la belle-sœur de la fille. Nous allions à la cabane à sucre manger, somme toute un gros déjeuner : du jambon, des omelettes, des fèves aux lards et des « oreilles de christ », c’est-à-dire, du lard frit. Le tout bien arrosé de sirop d’érable, bien sûr.

C’était la première sortie sociale des deux familles, depuis le mariage de ma fille en août dernier. Conversation à bâtons rompus à table, alternant l’anglais et le français, mes fils sont trop gênés en anglais et les invités trop dépourvus en français. J’étais plus spontanée et volubile qu’à l’accoutumée, prenant l’exemple sur ma fille, brillante comme un petit pinson. Mon mari s’y prêtait de bonne grâce pour entretenir son homologue.

Après la bouffe, une grande marche était nécessaire dans le bois : chemin boueux, bataille de balles de neige avec ce qui reste de neige au sol, petits animaux en enclos que l’on nourrit au passage – cédant aux traditions pascales. Au fond du bois, une cascade d’eau limpide descendait de la petite montagne. J’y jouais la nymphette sautillant sur les rochers, ma fille cliquetant sur son appareil photo.

Au retour, fidèles aux habitudes familiales, chaque fois que nous nous trouvons en deux voitures avec les garçons, nous avons fait une petite course automobile dans les derniers milles, avant d’arrivée à la maison. Malgré un feu rouge trop long et l’embouteillage devant l’Oratoire St-Joseph, les raccourcis, les passages en feu jaune et les stops américains m’ont concédé la victoire, à la grande excitation des garçons. J’y ai trouvé aussi, le grand plaisir de la poussée d’adrénaline, mais surtout de la complicité familiale.

À la fin de la journée, c’est la sortie des bicyclettes de leur long repos hivernal. C’est un repas impromptu avec mes parents et la famille d’un frère et d’une sœur. C’est la distribution des chocolats. C’est surtout la consécration du printemps et le début des projets de l’été. Le cours de la vie continue, tranquille et sans histoire. Depuis seulement quarante-huit heures que je ne travaille pas, déjà les dossiers et les petits combats de la vie semblent bien loin. De puis quarante-huit heures que je ne lis pas les journaux, les injustices de par le monde sont retenues sur le pas de ma porte pour un temps. Je ne me leurre pas sur l’équilibre instable de la terre. Mais la pérennité du moment présent semble éternelle …

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