22 février 2001
Hussein et les barbares

Quelle surprise de voir au thème de la semaine, la question de bombardements américano-britaniques en Irak! Elle a du front la Pouette! Ne sait-elle pas que le sort des autres (surtout en Moyen-Orient de la mort banalisée, très loin de l’exotique Asie, du Sud torride des vacances, de l’Europe des cousins, de l’Inde mystique) ne fait pas un pli sur le front ou le cœur de l’Occidental moyen. Et le Diariste moyen ne fait pas exception à la règle! Il est plus enclin de parler de ses bobos (comme moi), de ses rêves, de ses amours, de ses espoirs. Remarquez que je suis gentille, je n’ai pas écrit : petits bobos, petits rêves, petits amours, petits espoirs! Mais vous avez quand même compris? Par opposition aux grandes tares du monde qui nous dépassent … Comme ça nous dépasse, on y a pas intérêt, d’autant plus que ça ne paie pas! Chacun d’entre nous s’est normalisé à la base, on dirait : pour être comme les autres, c’est plus normal d’en savoir sur le Superbowl, de connaître les scores du Canadien (aussi lamentables soient-ils), des conditions de détention du chef des Motards (Rock Machine ou Hells Angel, y-a-t-il vraiment une différence?), des coliques du bébé de la Chanteuse (vous savez qui?). Vous ne ferez pas tourner les têtes si vous lancer la question, innocemment, dans un coctail, un resto, un bar, entre collègues ou copains : « Eh, nous (les américains ou les britanniques sont quand même nous, sauf votre respect!) venons de bombarder l’Irak, le savez-vous? » Il y en a qui lèverait bien leur verre, à la santé … de l’Aigle et du Faucon!

Revenons à nos moutons (qui, nous?) ! Vous savez c’est qui, Hussein? C’était Robert, l’acteur qui jouait le pirate sympathique, le mari de Angélique, la blonde plantureuse, cette série de films d’aventures dans lesquels les britanniques et les moyens-orientaux ne sont que des figurants! L’autre, c’est Saddam, le méchant qui joue sa partie de bras de fer avec Sam le paternaliste depuis dix ans. Pour affaiblir Saddam, Sam et ses accolytes n’ont rien trouvé de mieux que de couper les vivres à son peuple. Vous voyez comme c’est intelligent, si tout le monde (ce ne sont que des irakiens!) meurt, Saddam va finir par mourir ou tomber, même s’ il sera le dernier. C’est logique, non? Et même plus élémentaire que vous le pensez : « Donnes-moi tes billes (le pétrole) et je te donnerai le pain! » Voilà le fond du problème : des billes pour de misérables voyous!

Ceux qui ont eu la patience de lire jusqu’ici, mais qui ne me croient toujours pas, prière d’aller lire Le Monde diplomatique sur la question. J’ai fait mes recherches et mes devoirs avant d’écrire ce qui précède et ce qui suit.

Pour revenir aux termes-clés de la question de Pouette : ces fameux bombardements? Conflit, geste d’intimidation, mal nécessaire ou coup d’éclat dans l’eau? C’est tout ça mais ce n’est pas que ça … C’est aussi, je cite P. Foglia dans la Presse d’aujourd’hui : « …le nouveau président des Etats-Unis a décidé, vendredi dernier, de marquer son territoire en bombardant Bagdad – exactement comme un chien marque le sien, par une petite pisse qui signifie : ici c’est chez nous - … » C’est aussi, selon l’Unicef, et je cite encore : « … entre 1991 et 1998, 500 000 enfants irakiens morts, pas par des bombes mais à cause des sanctions économiques. Ça fait 4500 enfants par mois! … »

En voilà de grands chiffres qui nous dépassent! Qui sont les barbares dans le titre de cette chronique, d’après vous? Peut-être que Saddam fait sournoisement sa tête dure mais Sam fait l’envieux, le voyou à gros bras, qui tourne autour du pot de billes en prêtant à l’autre toutes les mauvaises intentions, et en se donnant toutes les nobles raisons. Lisez aussi Agnès Gruda dans la Presse d’aujourd’hui, il paraît que Bush qualifie ces bombardements de « simple opération de routine ». Madame Gruda trouve que c’est désolant, moi, je suis entrain de m’étouffer d’impuissance et de honte!

En conclusion à cette chronique, quoiqu’il n’y a pas de conclusion possible dans cette condition, je vous laisse avec une dernière image : en page A3 de la Presse du jour, la moitié de l’espace est consacrée aux motards et à leur chef (je cite le titre: « Maurice Boucher un cas unique »), en page A13, le cinquième de l’espace est pour la chronique de Agnès Gruda (je cite le titre : « l’Irak, dix ans après ») parlant de l’opération de routine. D’un côté, huit motards avec la liste de leur nom, leur âge, leurs casiers judiciaires, de l’autre côté, un demi-millions d’enfants anonymes voués à la mort sans autre forme de procès! Imaginez cette liste de 500 000 noms, aux casiers judiciaires vierges!

Nous avons la presse que nous méritons! Profitez quand même du soleil et du beau ciel bleu dehors, nous tous, ici à Montréal, ou ailleurs loin de l’Irak, coupables ou non!

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