20 février 2001
Dépendances

Après le tourbillon de la dernière quinzaine, cuisiner un plat pour le souper d’hier soir fut une vacance pour moi. J’étais perchée sur un petit tabouret pour pouvoir surplomber la grosse marmite sur le feu. Le poulet était dorée à souhait, la petite sauce bien savoureuse mais je n’étais même pas là pour voir manger mes fils. Il paraît qu’ils ont apprécié, à preuve, la grosse marmite fut vidée!

Dernièrement, le seul livre que j’étudie est un livre sur les fringales aux hydrates de carbonne. On y parle des crises de chips, chocolat ou sucreries vraiment comme une dépendance, à soigner tout comme toute autre dépendance, avec connaissance de soi et tout le bazar, question de prévoir les réactions devant le stress, l’excitation, etc. Moi qui me suis déjà régalée aux biscuits Premium tartinés au Nutella, au milieu de la nuit, je sais de quoi ils parlent. Et toute cette publicité à la télévision lors des périodes creuses de soirée, c’est terrible pour les désoeuvrés, esseulés, stressés de notre vie moderne.

Dans le journal aujourd’hui, il est aussi question de dépendance à l’Internet. Il paraît que les psys commencent à devoir aider ceux qui ont besoin de sevrer. Comme n’importe quoi, si l’Internet commence à monopoliser tout ton temps et tes énergies, au dépend du travail et autres priorités bien réelles, alors oui, c’est une drogue ou plutôt une très mauvaise habitude à s’en défaire. Dans ma vraie vie, je passe par l’internet pour des recherches professionnelles, pour ce journal et pour le courriel. Rarement pour surfer, très rarement. Mais déjà, les ordinateurs sont là et ils monopolisent le temps de soirée, par exemple, où je pourrais voir mes fils plus, ou simplement m’asseoir devant une tisane pour discuter de tout et de rien avec celui qui passe par là, mari ou fils. Avec l’ordinateur à domicile, il n’y a plus de démarcation entre le temps de travail et le temps de détente. Devant la perspective d’une soirée libre, les uns se mettent à la télévision (papa), les autres aux jeux électroniques (fistons), ou bien au diarisme en ligne (maman). Des occupations de solitaires qui se donnent l’illusion de communiquer et d’être dans le courant, voire d’être en vie. Nous nous croisons parfois au souper, et encore! C’est le courant de la vie moderne qui nous entraîne irrésistiblement. Pour y résister, cela prend des coups d’éclat, des prises de position, des crises parfois.

Dépendances! N’est-ce pas ce qui caractérise le plus, l’homme moderne? Dépendances aux autres (regard, opinions, jugements), aux choses (mode, habillement, possessions matérielles, tout ce qu’il met dans son corps et dans son crâne). N’est-ce-pas ironique que l’humanité s’est défait de ses chaînes physiques (esclavage, servage) pour mieux s’enchaîner dans ses dépendances : à l'argent, à l’électricité, au pétrole, à l’électronique, au confort, à l’ordinateur, aux gourous, aux tendances, etc. Et l’on se dit libre, peut-être dans la tête mais pas dans les faits. Et encore, dans la tête, c’est insidieux tout ce qui nous entoure et influence nos valeurs et nos opinions!

Il ne peut pas avoir de conclusion logique à ce vaste sujet que je soulève aujourd’hui, seulement une constatation, une prise de conscience …

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