14 février 2001 Valentinons en coeur
La date est plutôt date de naissance de ma cousine qui me précède de quatre jours. Une cousine qui ne m’étais pas très proche, quand nous étions jeunes. Mais l’année de son arrivée aux Etats-Unis, en tant que « boat people », il y a vingt ans, je lui ai envoyé une carte de St-Valentin pour son anniversaire, un geste du cœur qui n’a rien avoir avec un saint ou un valentin!
L’occasion servait aussi à mes enfants pour dessiner beaucoup de cœur et écrire beaucoup de mots d’amour quand ils étaient en garderie ou aux premières années du primaire. Je ne suis pas sûre d’avoir tout garder de cette production, mais j’ai quand même une bonne collection là, dans cette chemise. Aujourd’hui, ils ne dessinent plus mais disent leurs mots d’amour souvent, en tout temps. Alors qu’importe une journée de St-Valentin, un « passage obligé » (titre d’un livre écrit par un journaliste, Jean-François Lisée, traitant plutôt de politique que d’amour, mais qui dit que la politique n’est pas une affaire de passion et de cœur?)
Quand à l’homme de ma vie, il m’a certainement déjà envoyé des fleurs, acheté du chocolat, amené manger à la lueur de la chandelle. Plus jeune, nous le faisions pour obéir à une certaine pratique sociale ou pour peut-être ne pas décevoir l’autre. Aujourd’hui, il nous semble bien futile, entre nous. Ce matin, il me disait: « Bonne St-Valentin! » (quand je lui lisais quelques uns des messages d’amour publiés dans La Presse), en ajoutant qu’il n’a jamais été à l’aise avec cette pratique! Et je le comprend! Lui qui me disait son amour si souvent et de mille façons. Pour lui, c’est un vrai passage obligé que cette année, consciemment, nous contournons!
Un aveu maintenant : j’ai toujours pensé que, entre lui et moi, si c’est possible de comparer et mesurer le poids de l’amour, il m’aime plus que je ne l’aime! Alors, pendant des années, je m’étais faite un devoir de lui acheter au moins une belle carte de St-Valentin avec de belles paroles d’ « assurance de mon amour, de mon appréciation, et tralala ». Il va s’en dire que cela est futile depuis quelques années.
Revenons au journal La Presse du jour! Je disais que j’avais lu quelques messages publiés, très peu en fait, c’est assez voyeur et lassant. Malgré tout ce que je dis plus haut, je n’ai rien contre ceux qui ont besoin de le dire, aujourd’hui, sous cette forme-là, plutôt qu’autrement. J’ai surtout lu la chronique de Michèle Ouimet qui titre : « Une fête cruelle »! Cette fête que subissent « les célibataires, les divorcés écorchés vifs, les personnes âgées qui vivent seuls, les veufs, les couples en crise » … « Une fête souffrante pour beaucoup de personnes … » Je cite toujours : « Souffrante, oui, particulièrement à Montréal où le nombre de personnes qui habitent seules est un des plus élevés au monde. Au Québec, 27% des gens vivent seuls. À Montréal, ce chiffre grimpe à 41%. Dans certains quartiers, le phénomène est encore plus marqué : 55% au centre- ville et 51% au Plateau … » Je vous fait grâce des chiffres sur les mariages, les divorces et … le nombre d’enfants nés hors mariage et en garde partagée!
Il paraît aussi que, aux USA, 100 millions de roses sont achetées le jour fatidique. À 3 dollars la rose, voilà 300 millions à dépenser ailleurs à meilleur escient! Au Canada, 60 millions de cartes de souhait sont échangées. À 3 dollars la carte, encore 180 millions à faire du bien, autrement, à beaucoup de gens!
Je sais, je sais, je n’ai pas escompté le bien immense que ça fait de réconcilier un couple, rassurer une femme, démontrer le chic d’un homme. Le tout, multiplier par millions de personnes qui ont besoin, les uns de se réconcilier (ou se faire pardonner), les autres de renforcer leurs sentiments. Et les restaurants qui se remplissent un jour de semaine! Et les emplois, et l’économie, et le sentiment de civilité que cela procure … Oui, mais …
hier
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