31 janvier 2001
Plaisir d'hiver

La météo annonce beaucoup de neige mouillée toute la journée. Ce soir, ma voiture a failli glisser, mais des freins anti-blocage m’ont sauvée. En après-midi, au retour d’un rendez-vous, avec le banc de neige dure devant l’entrée du garage, mon petit phare anti-brouillard s’est défoncé. Mon mari a sacré, maugréant contre Cent cinquante dollars perdus (son estimé!), je me suis retenue pour le relancer (mon estimé dit que ça coûtera le double au moins!).

Pour revenir à ce soir, je suis allée voir une cliente qui ne demeure qu’à dix minutes de chez moi. C’est une chance, avec toute cette neige et cette armée de chasse-neige, je n’avais pas trop envie de traverser la ville. Au téléphone, elle me disait que la ville déneige devant chez elle ce soir, c’est-à-dire, sur un côté de la rue. C’est-à-dire que l’autre côté sera plus que plein de voitures des résidents. Je me faisais rassurante en lui disant de ne pas s’en faire, je m’y connais! Donc, je m’y rend, après deux tours du pâtés de maisons, j’ai eu la géniale idée d’aller sur la vue commerciale … Hourrah! Une belle place! Un soir de semaine, pas de parcomètre à payer en plus! Ouf!

Après trois heures de grande conversation, je ressortais, tout à fait enchantée de ma soirée. Il était passé minuit, je pressais le pas. Au coin de la rue, je me dirigeais directement vers ma voiture, la boîte de carton que je traînais ne pèse pas (c’est une boîte qui a déjà contenu des couches de bébés, de marque « Pull-up », bleu niaiseux, mais bon, c’est pratique pour transporter des livres!). Je me suis rendue mais pas l’ombre d’une voiture! Bah, je suis juste un peu plus loin! Non plus! Mais je n’ai pas rêvé, c’est bien sur la rue commerciale que je me suis mise! Cherchons un peu aux quatre coins de rues autour, mais la boîte commence à peser. Et puis, le soir, tous les chats sont noirs … toutes les voitures sont noires … et de même marque (du moins pour moi!), et couvertes de neige! Ça commence à ne pas être drôle! J’ai fini par téléphoner, réveillant mon mari pour qu’il vienne me chercher! Immédiatement il me demandait si j’avais mon cartable et des papiers importants dans la voiture. Non, rien de catastrophique! Ensuite : « Est-ce qu’il y a des pancartes annonçant l’opération déneigement? » Non, pas à vue!

Le temps qu’il remettait ses culottes, qu’il ressortait sa voiture, qu’il roulait tranquillement pour arriver, moi, j’avais l’air de « garbage lady »! Quelques rares voitures passaient : deux taxis, un chasse-neige, une remorqueuse, une voiture de sécurité publique. Avec mon bérêt noir, mon long manteau sombre, mon carton bleu niaiseux appuyé sur une poubelle publique pour soulager le poids, mon sac noir, j’avais peut-être l’air de quelqu’un qui a fugué, tiens! Un type s’approchait, je le surveillais du coin de l’œil, mais il s’est engouffré dans une porte cachée!

Enfin, mon sauveur arrivait. Monsieur avait la tête bien claire, au contact de l’air froid de la nuit, il a intercepté une remorqueuse, celle-là même qui m’avait délogée, pour m’abandonner là, un peu plus loin, au fond d’une rue. C’est que, pour les rues résidentielles, ils plantaient des petites pancartes couleur orange fluo, bien visibles, sur les bancs de neige. Mais pour les rues commerciales, ils accrochaient de rares pancartes discrètes, en bois, par-dessus des indications de stationnement. À la lueur des réverbères, dans l’ombre des arbres et des poteaux électriques, je n’avais rien vu! Je viens donc d’arriver à la maison, riche d’une contravention de Quatre-vingt cinq dollars! Monsieur peut peut-être se sentir moins coupable d’avoir défoncé mon phare! Il enrichit le garage, moi, la remorqueuse!

De bien belles manières pour clore le mois de janvier, non? Comme disait quelqu’un à qui j’ai souhaité la bonne année tardivement, il y a deux jours : « Il en reste onze autres (mois)! »

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