26 janvier 2001
Délire des mots

Hier soir, j’étais au théâtre. J’y allais sur ma défensive parce j’avais eu vent que la pièce était bien mauvaise! Ma fille venait donc en disant qu’elle dormirait si jamais les tirades fusent trop, elle qui manque de sommeil à cause de ses études actuellement! Et puis c’était clair que ce ne sera pas mon mari qui m’accompagnera parce que lui, il aurait dormi tout le long. Bref, nous allions au théâtre avec suspicion …

Au contraire, nous n’avions pas trouvé si mauvaise la pièce « Monsieur Bovary », inspiré de Gustave Flaubert. Ma fille n’a pas dormi du tout et moi, je n’ai pas trouvé le temps long. Mais peut-être que les opinions mitigées ou les rumeurs ont fait leur chemin, des sièges vides nous entouraient et ma voisine de droite n’était pas revenue à l’entracte …

Il y a dans cette pièce, beaucoup de luxure des mots, un certain délire, un relâchement voulu, peut-être aussi pour traduire une époque très passionnelle, un contexte très affecté de débauches. Vous voyez le genre : lourdes tentures de velours rouge, le sein laiteux et débordant des femmes, de la dentelle à profusion, des hommes qui conjugent avec délice boisson et fornication. Sur scène, Flaubert, Maupassant, d’Aragon et Sand personnifiés. En filigrane, le puritanisme de l’époque et l’obsession du travail et du retravail de l’écriture. Sous réserve, la réelle relation entre les vrais écrivains de l’époque. Peut-être est-ce une fausse biographie qui n’en est pas une, mais qui peut passer pour une, si nous nous laissons faire … En somme, la pièce est à prendre et à laisser du point de vue historique, mais somme toute divertissante!

Parlant d’écriture … et de lecture, je suis partie dans un coq-à-l’âne capricieux et je lis un petit peu dans trois livres différents en ce moment : « Telle mère, telle fille » de Marilyn French, « Journal 1931-1934 » d’Anaïs Nïn et le « Journal de Bridget Jones » de Helen Fielding. Des vies de femmes dans des époques et des contextes diamétralement à l’opposé! À part du dernier qui nécessite une lecture à petites doses parce que ce n’est pas de la grande littérature (il n’en a pas la prétention d’ailleurs!), j’avais déjà lu les deux autres il y a longtemps. La relecture m’apporte une lumière nouvelle, ou plutôt, la Sally d’aujourd’hui lit ces livres d’une façon différente que celle d’il y a dix ou quinze ans! C’est la différence entre la femme et la jeune femme, je pense!

Aujourd’hui, mon mari et moi avons longtemps argumenté sur un certain sujet. La léthargie du dossier, les méandres de la psychologie humaine, son caractère fataliste et le mien volontariste en a fait une histoire qui nous dirige vers une course en piste sans issue, dans une arène qui ne nous appartient pas. Vain délire des mots! Zébrure dans notre sérénité! Calme apparent après que tout soit dit, sans que rien ne soit dit!

Je viens de noter que dans le dernier paragraphe, pour ne pas raconter l’abc d’une histoire, je viens de faire écran par des perlées de mots, qui sonnent bien à l’oreille d’un amoureux ou d’une adepte des lettres, mais dans le fond, qui ne disent rien du tout. Aux lecteurs donc d’imaginer des drames, des romans et des fabulations! Mais en fait, ce n’est rien du tout, juste une histoire banalement domestique! C’est d’ailleurs le danger qui nous guette, nous les diaristes : à force de se raconter, peut-être fabulerons-nous un peu sur notre vie. Certains croient vraiment que la vie est un roman, mais ce n’est vraiment qu’une suite de faits et gestes domestiques. En prime, il y a les bons sentiments, certains tout simples et vrais, d’autres romancés à souhait, pris qu’ils étaients dans … le délire des mots! Et c’est reparti, la ronde et le carrousel de la comédie humaine!

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