24 janvier 2001 Les bons sentiments
Minuit hier soir j’étais encore à la pagode pour accueillir le nouvel an, l’année du serpent. Toute la journée, je fouillais dans le net pour chercher une belle illustration de serpent pour décorer cette page. Attention, pas n’importe quel serpent : un qui soit un peu artistique, un peu … bridé des yeux, avec du rouge pour faire la joie, avec de la calligraphie pour faire oriental! Bref, je n’ai rien trouvé pour l’année du serpent de 2001, mais beaucoup pour l’année du dragon de 2000. Zut, encore une preuve que les humains préfèrent la sortie théâtrale et grandiose de l’autre millénaire, à l’arrivée discrète et incertaine de celui-ci! Et puis, un dragon, c’est flamboyant, bien plus que le rampant reptile! Il paraît qu’en Chine, il y avait plusieurs femmes qui cherchaient à se faire accoucher par césarienne pour donner naissance à un petit dragon, au lieu d’attendre tranquillement pour mettre au monde un petit serpent! Croyance, quand tu nous tiens …
Ce soir, grand souper chez une de mes sœurs : nous avons mangé « occidental », témoignant de notre grande intégration. Les vins ont coulé à flots, l’ambiance est enlevée, la dinde, farcie par une bonne dame vietnamienne, n’a rien à voir avec la dinde farcie que vous connaissez, lecteurs et lectrices. Pour une fois, mon père n’a pas fait de discours du patriarche et nous avons réveillonné avec bonheur, en plein au milieu de la semaine. Pour quelques heures, tout le monde a oublié l’école, l’emploi, l’hiver, le coucher tard et le lever tôt. Nous avons festoyé simplement!
Ensuite, les seize jeunes (dix-sept, en comptant mon gendre!) ont défilé un à un pour adresser des vœux de bonne année à chacun des parents, oncles et tantes, et grands- parents. En échange, ils reçoivent une petite enveloppe rouge qui contient un peu d’argent, symbole de prospérité. Si je comptabilise tout ce qu’ils m’ont souhaité, je devrais être pétante de santé, riche comme Crésus et réussir tout ce que je désire. Un seul est resté bien les pieds sur terre : il m’a souhaité de maigrir d’au moins de quinze livres, d’ici février prochain. Lui, il y va, au-delà de la formule, à l’essentiel ! C’est mon joueur de basket!
Mais, revenons à l’instant des échanges de vœux : Imaginez un grand salon bien éclairé, les hauts plafonds, de grandes fenêtres, des sofas moelleux, deux belles chaises couvertes façon léopard et un beau tapis élégant, à défaut d’être persan. Sur la table à café, le poinsettia signale que Noël laisse encore ses parfums dans les airs. À preuve, dans les enveloppes rouges, je mettais tout l’argent que je voulais donner aux jeunes alors qu’à Noël ce n’était pas très délicat de donner de l’argent. Mes parents ont pris place sur le bout d’un sofa, mon mari et moi, sur le bout d’un autre. Mes frères et sœurs se partagent le reste des sièges ou bien s’installent sur un coin du tapis. Ce que j’ai trouvé de spécial c’est que, comme nous sommes assis et que la moitié des enfants sont de grands adolescents, ils viennent s’agenouiller devant nous pour être à notre niveau. Le fait d’être à genoux ne fait pas partie des traditions mais confère une touche d’intimité et de cérémonial sans pareil. Rare instant où nous avons chacun d’eux, plus qu’en un tête-à-tête, plutôt les yeux dans les yeux, où nous avons accueilli des souhaits tout en transmettant l’essentiel de ce que chacun de nous croit. De ma part, je corrige toujours ou je leur dit que l’essentiel est la santé et le fait d’être heureux dans notre vie, et que l’argent est accessoire, ce n’est pas toujours nécessaire d’en avoir plus et toujours plus. En retour, je leur souhaite de réussir leurs études et je dis que parfois un faux pas est pour le mieux. Ensuite, cette année mes frères et sœurs aussi sont venus me faire leurs vœux. Beaucoup d’embrassades et de sourires! Un moment magique!
Le nouvel an lunaire, appelé le TÊT pour les vietnamiens, est bien une interlude à l’hiver québécois. Dehors, sur notre départ, les voitures sont enlevés à temps pour l’opération déblayage de neige pour la ville. La remorqueuse tournait le coin de rues avec ses phares clignotantes toutes allumées. Elle pensait venir faire un petit coup d’argent avec nous, mais … en dix minutes, nous sommes tous repartis vers nos chaumières, avec nos sacs, nos enfants et nos bottes! (c’est que, sur le coup, je pensais que quelque belle-sœur était partie avec les miennes, mes pieds ne rentraient plus comme il le faut dans ces bottes que je ne reconnaissais pas!)
hier
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