02 août 2000 Roche, papier, ciseau, allumette
Je suis toute contente pour cette trouvaille de nom pour mon billet d'aujourd'hui. Je me suis rappelée de ce jeu d'enfance. Je ne joue pas actuellement mais c'est tout comme: je joue dans mes roches et mes papiers! En fait, je transfère toutes mes bibliothèques de la chambre au bureau. Un pan de mur ne sera pas assez, mais je verrai quand je serai à bout d'ingéniosité. Alors, je transfère une étagère à la fois, en recensant tous les livres. Je suis arrivée à près de deux cents, et il en reste deux ou trois fois plus. Je m'y adonnais avec coeur il y a deux jours, ce matin, je suis un peu impatiente ... En cours de route, je m'empêche de lire une page ou deux à gauche à droite parce que je ne finirai pas. Mais je passe une revue à mon mari, attire son attention sur un sujet, etc ... J'ai mis le ciseau dans quelques vieux papiers et l'allumette dans d'autres (pardon, de nos jours, on recycle!). Pendant toute cette opération, la maison est à l'envers, la cuisinière est en vacances et tout le reste attend ... Je n'ai rien avancé pour les préparatifs de marriage par exemple.
Mais quand même, avec l'arrivée du mois d'août, les retours de vacances se font sentir: mon téléphone sonne plus pour le travail. Je m'exécute simplement, le stress ne rode pas encore.
Après l'inventaire de la bibliothèque, j'aurai des dossiers qui se pointent à l'horizon. Avec l'été en excuse, je fais encore semblant de les ignorer. Mais les bouts de papiers dépassent! Je les ramasse et fais une pile (ou deux!). À y voir un jour de zèle que j'espère pas trop lointain!
J'ai des cousins en ville, il va falloir les promener un peu. Hier soir, nous étions au casino. Je suis toute fière de gagner cinquante dollars à la machine à sous, après avoir récuper les pertes de mon mari! Le cousin gagne plus de quatre cents dollars, toujours à la machine à sous. Des autres, on ne les a pas entendu fanfaronner, alors ils ont certainement perdu, anonymement. Il me semble que les gens ne crient jamais sur les toits qu'ils vont au casino, mais la place est pleine de monde. Occupés, préoccupés ou honteux, personne ne vous y regarde dans les yeux. Je passe sur ce pont tout illuminé qui marque l'arrivée au casino à peu près une fois aux deux ans, c'est donc bien un divertissement, non pas un vice. Malgré tout, j'étais gênée dans la première demie-heure. Au casino, tout le monde fait face à sa cupidité, gagnant ou perdant.
Depuis la mi-mai, depuis le début de mon cahier rouge, depuis ma sortie au grand jour sur le Net de ma "viêtnamité", je ne reçois plus de message de lecteurs. Est-ce un bon ou un mauvais signe? Je ne me pose pas trop de question, moi qui a quelques problèmes avec le regard des autres. Mais je me sens définitivement beaucoup plus ancrée dans ma conversation avec moi-même, entre la plus viêtnamienne et la plus québécoise, entre la mère et la femme, entre la encore petite-fille à quarante neuf ans et la plus que mature du même âge. Du même coup, je ne me sens plus seule, mais plus indépendante des autres, soeurs, clients ou amies. Je suis moi, toujours accompagnée de ce journal, mon ami. C'est un lieu commun, je pense, que de dire que la solitude est un état d'esprit. Alors que le joueur au casino est bien seul, face à ses démons!
hier
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