28 juillet 2000
Vivre en viêtnamien à Montréal

J'y suis aujourd'hui, toute la journée, une Viêtnamienne à Montréal, parlant viêtnamien presque exclusivement, en visitant un temple hindou, un ashram de yoga ... et une bjouterie viêtnamienne, en compagnie de mes parents et de ma tante de 80 ans (oui, celle-là même qui était fêtée il y a deux semaines à Washington, D.C.). Naturellement, mes enfants et mon mari n'étaient pas avec nous, sinon j'aurai eu à alterner entre le français et le viêtnamien.

Toute la journée donc, j'étais dépouillée de mes rôles d'épouse et de mère, de mon rôle de femme d'affaires aussi, en fermant le cellulaire pour une bonne partie de la journée. J'ai retrouvé des gestes très orientaux, comme s'accroupir à côté de ma tante pour jouer avec sa main tout en lui parlant. Comme se coucher sur le plancher, de côté, devant le sofa où se tenaient ma mère et ma tante, pour bavarder avec elle. J'ai refait sonner aussi mes mots et des tournures de phrases oubliés depuis longtemps, avec la satisfaction de constater que je possède toujours très très bien, un viêtnamien savoureux et coloré, sophistiqué ou simple, selon l'interlocuteur, humoristique ou sérieux selon le cas. Et puis il y a aussi les différents mots du dialecte du nord ou du sud du Viêt-Nam, le Nord de mon père, le Sud de ma mère. N'en parlons même pas du Centre où je suis née et où j'ai vécu vingt-quatre ans, cette terre qui possède tout un accent que je n'ai pas! J'ai plutôt l'accent du nord avec les mots du sud. Ma tante a l'accent des plaines du delta du Mékong, elle m'apporte la saveur de la campagne où j'allais en vacances scolaires, il y a trente-cinq ou quarante-ans. Il faisait chaud, nous grimpons aux arbres pour y cueuillir des goyaves (ou cet autre fruit que je ne saurais vous donner le nom!) tout en évitant les fourmis rouges dont les morsures étaient douloureuses longtemps. Je porte encore sur le mollet la cicatrice d'une morsure qui avait infecté. J'ai toujours eu le sang trop sucré, la chair trop tendre pour les moustiques et insectes de tout acabit! Ou peut-être encore, la chair citadine est un dessert facile et délectable!

J'étais donc la nièce attentionnée, la fille, la cousine de plusieurs personnes demeurant partout sur cette vaste terre, des gens de qui je m'enquiers, l'un de son état de santé, l'autre de son âge, l'autre encore de ses enfants ... des "enfants" que je n'ai jamais vus, des enfants de vingt-cinq ans, avocat en Australie ou ingénieur en Californie. Un jour, je les rencontrerai, un jour ...

Pendant ce temps, mes fils voient le film "Le patriote" en compagnie de leur père. Ils en sont tout retournés de l'histoire et de leurs émotions vécues. Ils m'en parlent, la voix encore mouillée, sans rien me raconter. Il faut que j'aille voir ce film qui a tant touché mes enfants!

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