11 mai 2000
Dynamiques urbaines

Hier, en passant en voiture, je voyais tout un attroupement d'une trentaine de personnes devant un édifice à bureaux du centre-ville, ma première réaction c'était: "Ah, il doit avoir une alerte-incendie!" J'imaginais les ascenseurs bloqués, toutes les tâches arrêtées, les ordinateurs allumés et les gens qui quittaient leur poste précipitamment en attrapant leur sac à main au vol... Tout d'un coup, j'ai réalisé: ce n'est pas ça, ce sont des fumeurs qui doivent aller dehors, depuis que c'est passé la loi anti-fumée! (tant pis pour ceux qui doivent pénétrer dans l'édifice en passant par ce barrage de fumée, ils n'ont qu'à arrêter de respirer quelque temps).

Aujourd'hui, je passais sur une autre rue bordée de tours à bureaux, chacune décorée de leur grappe de fumeurs devant l'entrée principale, ce qui donne un air de festival de plein air à cet artère austère. Peut-être parce que je parlais de recherche de l'âme soeur dans la ville à une amie qui ne veut plus chercher, je me suis mise à penser: "Tiens, voilà un terrain propice aux rencontres pour les gens esseulés qui ont déjà un point en commun: la cigarette!"

Il y a quelques jours (peut-être que cela s'est passé depuis quelque temps, mais je ne l'ai su que depuis quelques jours), mon plus jeune a perdu son portefeuille dans lequel ne se trouvent qu'une carte d'écolier, une carte mensuelle d'autobus et une carte de résident périmée. Il a fallu refaire la carte d'écolier au plus vite parce qu'il arrive en période d'examens et à son école, il faut montrer patte blanche avant de pouvoir faire l'examen. Pensez-y, à douze ans, contrôle d'identité avant un petit examen! Mais à bien y penser, son école est en plein centre de Montréal, dans une enclave assez culturellement diversifiée, jouxtée à d'autres quartiers encore plus fortement ethniques, peut-être que les professeurs, les surveillants mélangent tout: les faces, les têtes, les noms des élèves. Peut-être aussi que certains élèves en profitent pour endosser des identités et passer les examens, les uns pour les autres... Cela traduit aussi tout l'anonymat dans les écoles, le contact non privilégié entre maître et élèves, le climat de non confiance entre la classe contrôlante et les enrôlés. Je sais, mon plus jeune n'a que douze ans en première année du secondaire, parmi plus de deux cents autres, garçons et filles de même niveau. Mais en cinquième secondaire, à dix-sept ou dix-huit ans, c'est une masse qui peut faire peur, une force vive! Bref, mon bébé de fils doit arriver dix minutes d'avance aux examens, avant que les portes ne soient verrouillées! L'état policier en puissance!

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