03 mai 2000 Le défaut de ses qualités
Avec ce titre de chronique, je n'ai pas l'intention de parler de ma journée qui fut très bonne à tout point de vue: depuis le déjeuner dans un charmant bistro avec mon mari (ça lui change de ses restaurants habituels!) jusqu'à l'ensemble de la journée. Mais plutôt, de ce nouveau J.mag, journal en ligne sur les journaux en ligne. Non pas que je discute la forme ou l'intention de ce projet. Mais ce que cela fait sur moi! Et je m'explique par un parallèle...
Il y vinqt-cinq ans, quand j'étais arrivée dans ce pays, je ne connaissais ni le spaghetti (encore moins les mystères de la sauce!), ni la tourtière, ni l'utilisation du four électrique. Aujourd'hui, quand ça me tente, je fais ma propre sauce à spaghetti, je ne fais toujours pas de tourtière et je ne me passe plus du four! Je n'aimerai pas qu'on me dise que je devrais ajouter ceci, ou enlever cela à ma sauce, parce que la mienne est mienne, avec tous les défauts de ses qualités. ET quand je mange la sauce de ma soeur, je ne compare pas ni ne critique, sous couvert d'amélioration. Si je n'aime pas, je mange peu. Si j'adore, j'en redemande. Si elle déménagerai au fin fond des bois, et que je suis droguée de sa sauce, je braverai tempête et distance pour en remanger. Par contre si sa sauce est mauvaise (selon moi), même si elle m'en donne, je la jetterai dès qu'elle aura le dos tourné. Donc, ma sauce a ses adeptes, son public restreint. Et je ne crois pas devoir justifier sa légitimité, ses ingrédients, sinon à ses propres adeptes, par et pour la relation qui s'est tissée au fil du temps! Maintenant, je n'ai ni la prétention ni l'envie d'"améliorer" ma sauce, pour que si un passant du hasard traverse ma cuisine et goûte à ma sauce, il faut qu'il la déclare bonne à toute épreuve. Beauté universelle, recette universelle, mode d'emploi universelle. Où est la spécificité, l'authenticité, l'unicité? Justement, dans le défaut de ses qualités!
Je sais que certains sont plus techno que d'autres, je sais qu'il y a toujours place à amélioration! Mais tant que nous allons voir tout naturellement d'autres journaux, il y a la comparaison naturelle, le "benchmarking" pour parler comme des gestionnaires marketiciens, quand on aura le temps et l'envie assez fort de changer quelque chose, on le fera. Bien sûr, si j'écris en ligne c'est pour être lue. Mais ma quiétude (et mon inquiétude!) est dans l'assumation de ce que je pense et j'écris. Ce que vous en pensez? J'essaie de ne pas y penser en écrivant, parce que j'écris pour me satisfaire en premier. Si ça vous plaît, tant mieux. Sinon, tant pis! Tout comme le livre qui est écrit par inspiration et l'urgence d'écrire de l'auteur, en comparaison à celui qui a été commandé d'avance par un éditeur: sujet, titre, ton, épaisseur, dans le but de râtisser large!
Pour finir avec ma sauce: je met beaucoup de petites rondelles de carottes et quelques feuilles de laurier que mes enfants appellent encore, feuilles de goût. Que voulez-vous que j'y fasse si le passant n'aime pas les carottes? Quant aux tourtières: c'est tellement facile, ça nourrit bien mieux tes grands garçons, c'est tellement mieux que ce que tu achètes, qu'on me dit! So what! Je n'en fais pas, c'est tout! C'est pas important pourquoi je n'en fais pas...
Petite anecdote sur le four électrique: Il y a vingt-trois ans, je commençais à fréquenter mon mari et je ne savais pas cuisiner même si j'ai une cuisinière dans mon appartement. Il venait me voir une des premières fois en amenant deux boîtes de poulet (une cuisse, des frites, une salade de choux, vous connaissez la boîte pour emporter du Coq BBQ ou quelque chose comme ça!). Il me disait de les tenir au chaud, donc j'ai allumé le four puis je les ai mis dedans... directement sur les éléments rouge (je n'avais même pas de grille!). Naturellement, le feu a pris et le poulet avait un drôle de goût! Une chance que mon tout nouveau ami ne fait pas que passer pour constater la forme. Le contenu avait besoin d'être découvert!
En passant, j'ai peut-être radoté, je vous ai déjà parlé de cette histoire de poulet doublement grillé. Je ne sais pas comment ils font, les technos savent quand et comment ils ont déjà traité de tel ou tel sujet. Moi pas, je déroule ce qui me donne envie de dérouler à ce moment-là. Mes archives (quelle prétention!) n'ont pas la valeur d'une filière hautement gérée mais celle d'une boîte à souliers (boîte à souvenirs pour Lili des Mots d'elle). J'aime mieux inspirer par les titres des chroniques que les lecteurs pigent au hasard, comme on pige des instantanés d'une boîte à souliers. L'ordre chronologique n'a aucune importance et de l'écho que pour très très peu de personnes (moi-même et quelques personnes très très proches, comme ma fille ou mon époux).
Pour terminer, déjà j'essaie de faire abstraction du processus d'écriture, l'obsession de plaire à un lectorat. S'il faut se conformer ou se modeliser sur ce que les autres diaristes (j'aime mieux "diariste" que "écriveux") en pensent, alors là ce n'est plus drôle. Par ailleurs, je suis assez prise comme ça, avec le courriel et le journal! En d'autres mots, je suis très peu "foire" ou "parloir", alors que voulez-vous, expression public sur le journal, ou privé par courriel? Toute autre forme de discussion en sous-groupe me semble bien compliquée!
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