08 mars 2000 La promenade
Nous y sommes à la marche-symbole. J'y arrive comme une étrangère, à ce coin de rues Pie IX et Ontario. Pourtant j'habitais pas loin, il y a dix-huit ans. Que de chemins parcourus depuis. Ma soeur et moi, nous sommes rentrées dans un dépanneur-épicerie-pizzeria du coin pour profiter de la toilette lugubre au fond du magasin et pour nous étonner du prix peu cher du hamburger et de la pointe de pizza. Le cuisinier préparait d'avance plusieurs pizzas déjà coupées, prêt à servir. J'imagine une clientèle d'habitués qui arriveraient bientôt pour ramasser négligemment leur souper économique du soir. Comme de fait, ils arrivaient un par un, habitués parce qu'ils s'interpelaient, négligés dans leurs pantalons troués et leurs cheveux hirsutes. Des hommes tous. J'imagine que les femmes, elles, n'achètent pas une pointe de pizza mais réchauffent un restant de soupe.
Enfin la marche avec une demie-heure de retard, la prévisible banderolle affichant le nom du regroupement, les attendues pancartes énumérant les revendications, l'incontournable porte-voix de la meneuse... Les organisatrices plus âgées, brassard blanc au bras, promènent leur air sérieux, pas entraînantes du tout. Les jeunes sont fraîches, souriantes, bilingues et scandent leurs slogans d'une voix forte et tranquille. Rien d'enragée dans cette démarche, dans cette marche qui se doit mais est-ce qu'elle se voit. À la porte du sous-sol d'église où la marche devrait se poursuivre en soirée politique et sociale, ma soeur et moi avons repris notre route séparée. Personnellement, je me sens aussi étrangère qu'à l'arrivée. Cette marche n'est pas une action du coeur, mais une de l'intellect. Je repartais de l'endroit, au chaud de ma voiture, retournant vers mon quartier plus bourgeois. Je vous avoue que je me sens plus solidaire par ce que je lis, plus que par cette marche. Je me sens comme la suffragette de mère dans le film "Mary Poppins". C'est bien élémentaire, mon féminisme, plus cérébral que vécu.
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