Avez-vous répondu pour vous-même les quinze questions que je vous ai rapporté hier? Les réponses sont difficilement OUI ou NON, sans équivoque, n'est-ce pas? Pour ma part, les réponses changent de nuance chaque fois que je refais le questionnaire, d'hier soir à ce matin par exemple.
Quand vous vous lavez, pouvez-vous voir votre vrai moi?
- C'est la question qui me pose le plus de problème. Comment faut-il la prendre? À moins que le problème vient du fait qu'on touche au vrai MOI? Pour moi, Sally, le vrai moi est le vrai et le faux qu'on assume en un seul bloc. Quand j'arrive dans un "5 à 7" et que je me promène, avec un verre à la main, sourire aux lèvres, l'air faussement abordable, c'est le faux moi, que j'assume depuis longtemps pour la circonstance, il m'appartient et il est devenu moi tout court, aussi vrai que tous les autres moi! Donc, quand je me lave ou pas, je vois toujours le vrai moi.
Quand vous urinez, pouvez-vous avoir présente à l'esprit votre vraie pureté?
- Laissez-moi être terre-à-terre à cette question, quand on veut se désintoxiquer, donc se purifier, on boit beaucoup d'eau, comme moi avec mes douze verres par jour. Alors oui, quand j'urine, j'ai à l'esprit ma désintoxication, sinon ma VRAIE pureté! Encore le vrai et le faux. Hier soir, le rabbin français à la télé disait qu'il faut réaliser la grandeur de l'homme avant de prétendre à la modestie!
Quand vous mangez, pouvez-vous être conscient des cycles de toute chose?
- Oui, de plus en plus, non pas seulement de ce qui passe de la bouche à la selle, mais aussi de la graine au fruit, de la terre à la terre. Toute chose, animée et inanimée, de l'homme à la pierre. Mes enfants, entraînés par leur père, quand ils tapent sur un insecte et le tuent, disent: "Avec amour!", joignant le geste à la parole.
Quand vous marchez, pouvez-vous sentir la rotation des cieux?
- Oui, quand je suis sereine et que je redresse les épaules en prenant le temps de jeter un coup d'oeil au ciel et aux mouvements des nuages. Non, quand je me dépêche, dos courbé sous le poids du cirque dans ma tête. Avez-vous remarqué que les enfants marchent parfois, la tête complètement renversée en arrière, à l'écoute de la rotation des cieux? Et l'adulte qui fait celui qui sait tout: "Enfant, regardes où tu mets les pieds, laisses faire le reste!"
Quand vous parlez, est-ce que vos mots sont sans fourberie?
- Oui, mais il faut toujours faire attention au pouvoir des mots. Je dis souvent aux enfants de ne pas parler pour ne rien dire. Au plus jeune, qui a comme moi, le don du verbe, je lui dis que le maniement des mots est plus puissant que le maniement des muscles, ça blesse plus et tue sans qu'on en soit conscient. Cultiver le silence, voilà un art en perdition. Aujourd'hui, on écrit, on publie, on produit, on copie et on fait des "remake", des parodies, des imitations, concert cacophonique vénéré comme le culte du Veau d'or.
Quand vous achetez, êtes-vous conscient de vos besoins?
- Avant, j'avais déjà acheté comme un réflexe compulsif. Aujourd'hui, j'essaie d'être conscient de mes besoins du moment. Les besoins du moment seulement, attention au piège de la prévoyance. La juste mesure au lieu de céder à la peur de manquer! Ou acheter des accessoires, de la voiture de luxe aux vêtements, du lave-vaisselle à 58 boutons aux multiples ensembles de vaisselle, pour leurs bienfaits (ou méfaits!) accessoires, bien plus que pour leur fonction première!
Quand vous rencontrez la souffrance, est-ce que vous aidez à la soulager?
- Oui quand j'en rencontre mais seulement quand l'autre puisse me dire qu'il souffre et qu'il a besoin d'aide! Je sais que ce n'est pas si clair, si évident mais quand il n'a pas encore identifié sa souffrance, pour lui, c'est un problème exogène, dans ce cas-là, si je m'approche trop, je ferai partie du problème selon lui. Dans un autre ordre d'idée, je ne me crois assez forte, assez sereine pour aider un mourant par exemple. Aider quelqu'un à mieux se comprendre, je sais que je suis bonne!
Quand vous êtes confronté à la mort, êtes-vous sans crainte et lucide?
- Non, je ne crois pas, ça fait partie des peurs que je dois travailler à m'en défaire! Mais je ne crois pas avoir déjà eu à vraiment "confronter" la mort. Je n'y pense jamais! J'en parle en prévention d'accidents avec les enfants, sans plus!
Quand vous êtes face au conflit, faîtes-vous quelque chose pour harmoniser?
- Presque toujours, je déteste les conflits et les confrontations. Mais je crois qu'il faut que j'apprenne à faire face, ne pas craindre le conflit et me défendre un peu, au lieu de "faire quelque chose pour harmoniser", céder en fait. Je disais avant que je "tenais le haut du pavé", que je ne m'abaisse pas, mais pour certains, cela n'est pas interprêté comme une grandeur d'âme, un geste élégant, mais plutôt comme une mollesse, une faiblesse, une bonasserie!
Quand vous êtes avec votre famille, êtes-vous bienveillant?
- Oui, souvent, tout le temps, sauf avec une belle-soeur (ben quoi, je suis humaine! quoique, elle-même, ne se comporte pas comme faisant partie de la famille!) mais je suis bienveillante avec toutes les autres!
Quand vous élevez vos enfants, êtes-vous tendre mais ferme?
- Oui.
Quand vous êtes face à des problèmes, êtes-vous prévoyant et tenace?
- Oui, en comprenant "problèmes" dans le sens de obstacles à ce que je tiens à coeur. Mais cette question rejoint la question sur le conflit, si "problèmes" veut dire conflits, non, je n'insiste pas et passe à autre chose.
Quand vous avez terminé votre travail, prenez-vous le temps de vous reposer?
- Mieux maintenant, mais pas toujours. L'histoire est que ma tête marche toujours, le cirque dans la tête, je vous dis! Mais j'ai déjà essayé, plus jeune, de m'inventer une vingt-cinquième heure, en dormant moins!
Quand vous vous préparez à vous reposer, savez-vous comment disposer votre mental?
- J'apprend encore, mais je ne suis pas très sage.
Quand vous dormez, dormez-vous dans le vide absolu?
- Justement pas.
Sommes-nous tous et chacun, un projet en constante évolution? Le rabbin français disait hier justement, comme mentionné plus haut, qu'on ne doit pas dire par exemple: "à mon humble avis..." parce que on peut prétendre à la modestie seulement si on est conscient qu'on est grand, chacun de nous. Si on n'est pas encore grand, alors pas de fausse modestie!...