06 septembre 1999
Retrouvailles

La journée hier n'a pas été un congé dominical pour moi. Le remaniement des espaces à la maison a atteint son point culminant au cours de la journée. Le soir venu, miracle: tout le monde était satisfait de l'attribution. Le plus jeune est dans la plus petite chambre avec son ordinateur privé. L'aîné des jumeaux (de 3 minutes!) partage la grande chambre avec mon bureau à domicile et profite du plus récent donc plus puissant ordinateur. L'autre descend dans une nouvelle chambre aménagée au sous-sol où il partage une salle de jeux équipée d'une télévision et d'un ordinateur avec sa soeur qui a la chambre de coin. Gérer les partages équitables exige vigilance et amour équitables. Le soir, je vous écris toujours de mon portatif, dans la salle à manger! Le salon et notre chambre sont enfin purgés de tout équipement de bureau ou paperasses d'affaires!

Je suis contente, nous voilà, tous prêts pour une nouvelle année académique. Les consignes sont claires: pas de télé le soir; en fin de semaine, pas de jeux électroniques avant les sports et les devoirs; les questions, demandes d'aide à papa ou maman doivent être faits entre 16h et 19h; le dîner est à 18h; pour le reste de la soirée, tout le monde doit savoir ce qu'il a à faire ou prendre un livre quand il y a du temps libre; dodo à 21h30 pour le plus jeune et 22h pour les jumeaux. Les enfants nous ont donné leurs consignes aussi: pas de souper à l'extérieur les soirs de semaine (attention maman, on ne se dépanne pas au restaurant!), même pas le vendredi soir après les réunions de scout pour les uns ou le cours de judo pour l'autre (les garçons seront fatigués et n'apprécient pas!), pas de sortie le dimanche soir non plus (l'école, demain!), sauf si c'est pour un dîner au restaurant en famille (c'est-à-dire, nous six, pas le clan au grand complet) pour le plaisir égoiste d'être ensemble. Voyez le tableau! C'est tout beau mais il faut faire du renforcement positif souvent! Mais la machine est bien rodée et les rituels bien établis...

Pour en venir aux retrouvailles annoncées en titre, hier soir, j'ai troqué mon short-chandail d'une maman contre une robe assez habillée pour la soirée de retrouvailles des anciens de trois lycées français de chez nous. Étant du genre studieux il y a environ trente ans, donc peu socialisant, je ne m'attendais pas à des retrouvailles de personnes comme telles, mais des retrouvailles de l'état d'esprit de mes dix-sept ans. Cette manoeuvre de retour en arrière a tout d'abord rebuté, puis j'ai accepté en pensant partager un peu de mon passé lycéen avec mon époux. Donc, nous y étions hier soir!

Dans un centre culturel de la rive sud, après avoir passé un stationnement rempli de voitures assez cossues (près de 400 "baby-boomers" réunis!), nous voilà dans le grand hall où le chic ne paraît pas tout de suite, derrière le "décontracté étudié". Mon époux m'a même proposé retourner pour me changer pour être plus à mon aise. J'ai choisi de ne pas le faire, affichant un air désinvolte... De vieilles photos en noir et blanc sont exposées sur les murs, celle de ma promotion n'y est pas, mais je pourrais passer pour au moins une des adolescentes maigrichonnes sur chacune des photos!... Dans la grande salle, je me détendais, étant placée à une table où je connaissais presque tout le monde. Les organisateurs font partie des premiers groupes d'étudiants arrivants à Montréal dans les années soixante, avant les différentes vagues d'immigrants... Hormi le plat de résistance qui s'est fait attendre jusqu'à 21h30, c'était une belle soirée! Sur scène, se succèdent humour très français, reconstruction de personnages épiques, imitation de Françoise Sagan, Sylvie Vartan et compagnie, musique, perruques et tout le tralala... Puis la soirée dansante au son de la musique des années soixante. Mon époux se retrouve dans son élément, ayant vécu les même toquades, la même jeunesse. Quant à moi, j'étais étrangère, n'ayant jamais assisté à un party avant mes vingt-six ans à Montréal! Mais j'ai retrouvé les chansons des disques de vinyl et... la tapisserie que je constituais avec mes soeurs, en regardant mon père montrer à danser à ma mère tout en nous promettant que notre tour viendra à nos dix-huit ans. Promesse jamais tenue, donc, je dansais hier, le "slow" de mes dix-huit ans, plus d'un quart de siècle plus tard, de l'autre côté de la terre, au bras d'un bel homme certes, mais qui n'a jamais figuré dans mes rêves d'adolescente... Inutile de vous dire que j'étais fière de mon présent, dansant sans avoir jamais appris, les yeux luisants, le sourire aux lèvres, aimant et aimer!

Malgré le plaisir, nous étions partis, un peu plus tard que Cendrillon, mais avec mon prince. Retour vers notre ancre, ces garçons qui dormaient sagement, chacun dans leur lit, drap repoussé, jambe sortie, bras replié... Devant notre porte, nous avons retrouvé aussi, notre fille, resplendissante de jeunesse, accompagnée du prince de ses dix-neuf ans.... Rideau!

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