04 septembre 1999
Sur la route du nord...

Nous étions repartis ce matin, en camion Budget et camionnette Transport, accompagnés de Boris Vian (vous avez bien compris que je parlais de son disque compact, n'est-ce-pas?). Mon époux conduisait le camion, transportant quelques meubles rapaillés dans la famille, avec lui deux des garçons, heureux de l'expérience et insensibles à la chaleur accablante au menu de la longue fin de semaine de la fête du travail. J'étais cramponnée au volant de la camionnette, avec le siège trop bas, les rétroviseurs de côté mal ajustés, le haut de la tête qui dépasse à peine et la vue des jeunes amoureux de la banquette arrière en plein dans mon rétroviseur du milieu! Si vous étiez, vous aussi dans le flot des voitures qui s'échappaient de l'emprise de la ville pour vous réfugier dans les Laurentides et si vous aviez croisé une camionnette rouge qui avait l'air de s'avancer tout seul sur l'autoroute, vous aviez manqué de faire ma connaissance, ou du moins, la connaissance avec le sommet de mon crâne!

Après le ménage et le débarquement de la vaisselle (ma plus belle, parce que je refuse d'y envoyer l'assortiment dépareillé d'assiettes et de verres orphelins qui fait partie du lot de toutes les maisons de campagne que je connaisse!) et des meubles essentiels (une table branlante et écaillée, des chaises jadis blanches maintenant craquelées, des lits au mince matelas, mais tant pis, il faut bien commencer quelque part!), la compagnie est partie se baigner dans le lac, me laissant enfin seule à profiter du silence de l'après-midi écrasé sous le soleil. Vous imaginez bien que mon premier geste, après leur départ, c'était de me précipiter sur la radio pour tuer cette musique d'ambiance pour certains mais trouble-quiétude pour d'autre.

Le lac les a enchantés! Mon époux est conquis par la planche qu'il faisait, dans les yeux, un ciel bleu découpé par la cime verte des arbres! Mon plus jeune fils pense au retour avant d'être parti, tombant sous le charme du sable de la plage, du saut en tremplin dans une eau limpide et, sans pouvoir le verbaliser, de la sensualité de toute cette nature. Lui qui est tout en réflexes, en pulsions viscérales! Je lui ai promis des escapades à deux, les jours de congés pédagogiques, n'ayant pas oublié qu'il n'y a pas si longtemps il exprimait le voeu d'aller à Paris tout seul avec maman, complexe d'Oedipe oblige!

Retour rapide en ville, accompagné des Beach Boys! Passage rapide en vêtement de sortie pour un souper chez une amie. Le canard, d'habitude gras, était sec dans nos assiettes. L'hôtesse, absorbée par sa conquête du succès, ne comprend pas ce que je fais avec vous, sur cette page! Mon mari, d'habitude sobre, le vin aidant, s'obstine davantage, nous entraînant dans des discussions techniques et informatiques qui m'impatiente au plus haut point. Moi qui aspire à plus de cérébralité étouffe sous cette technocratie! La fin de ces soirées s'accompagne toujours de silence orageux. Un orage qui n'éclate pas pour sauvegarder les récoltes de demain!... Et les nuages passent toujours, poussés par le vent de la vie, des espoirs, de la patience, des priorités et de l'acceptation des règles de la complémentarité. J'en oublie: de l'amour de l'autre avec ses qualités, de l'amour de la famille et de l'amour de soi avec ses défauts.

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